Le cinéaste français, formé à l’école Louis-Lumière, n’est pas un inconnu. On lui doit notamment Quand la vigne dort ou le documentaire primé Où sont passés nos parents. Installé en partie à Lisbonne depuis 2009, il tisse ici un récit profondément personnel, nourri d’images captées quatorze ans plus tôt dans la capitale portugaise.

L’histoire est celle d’Alain, réalisateur belge quinquagénaire, interprété par Johan Heldenbergh. Un SMS énigmatique, une photo fugace… celle du visage de Luisa, actrice d’un film inachevé et passion jadis abandonnée. Ce surgissement du passé agit comme un appel. Alain quitte Gand pour Lisbonne, persuadé d’obéir à un signe. Mais Luisa a disparu. Commence alors une quête incertaine, entre enquête concrète et dérive intérieure, bientôt accompagnée par Maria, rencontrée dans un cinéma.

Une douceur mélancolique

Encontro – qui signifie « rencontre » – ne cherche pas à résoudre son mystère. Le film préfère installer un climat, un état d’âme. François Manceaux parle lui-même d’un « dialogue entre le conscient et le subconscient ». À l’écran, passé, présent et projections s’entrelacent dans une narration tridimensionnelle où les souvenirs deviennent matière vivante. Les plans séquences, d’un esthétisme assumé, ouvrent des espaces de contemplation. Lisbonne, ses ruelles lumineuses, mais aussi les paysages sauvages du Cap-Vert, composent la géographie intérieure de la saudade, ce mot portugais intraduisible qui dit à la fois le manque, l’attachement et la douceur mélancolique.

L’écho d’un amour impossible

Le cinéaste revendique l’influence d’Hitchcock pour la tension diffuse, d’Antonioni pour l’épure et l’errance, mais aussi des grands mythes amoureux, notamment celui d’Orphée ou l’histoire tragique du prince Pedro et d’Inès. On retrouve dans cette quête l’écho d’un amour impossible qui défie le temps. L’acteur belge Johan Heldenbergh impressionne par son jeu intériorisé. Son Alain n’est jamais dans l’emphase préférant avancer avec une gravité retenue, laissant affleurer le trouble dans son jeu. L’acteur s’empare des éléments autobiographiques confiés par le réalisateur pour composer un personnage dense, traversé par le doute et la persistance du désir. On sent chez lui la lutte entre lucidité et vertige, entre raison et appel de l’invisible. Face à lui, Isabel Otero incarne Maria, rencontrée presque par hasard dans un cinéma. Sa présence apporte une humanité chaleureuse au récit. Elle joue cette femme attentive et délicate avec une grande finesse, offrant au personnage d’Alain un point d’ancrage, sans jamais forcer le destin. Par touches subtiles, elle ouvre un espace de respiration dans cette quête habitée par l’absence.

Plus qu’une simple histoire d’amour, Encontro interroge les traces laissées par une passion. Dans cette convalescence affective, le film ouvre un chemin initiatique. Il ne s’agit pas tant de retrouver l’autre que de se retrouver soi-même. Et pour se faire, François Manceaux choisit la lenteur et la beauté fragile des paysages. Encontro est une invitation à habiter nos nostalgies sans s’y enfermer, à reconnaître que le manque peut devenir passage. Premier volet d’une trilogie annoncée, ce film d’auteur assume sa liberté et offre au spectateur une belle expérience tout en sensibilité.