Pauli, flûtiste classique, retourne dans sa petite ville natale pour se remettre d’une dépression. Retrouvant une ancienne camarade de classe, il se laisse séduire par la musique expérimentale. Pauli, qui a toujours recherché la perfection, est séduit par son énergie chaotique et trouve du réconfort dans leurs expérimentations sonores.

Une mélancolie discrète

La lumière ne meurt jamais, premier long métrage du musicien et cinéaste finlandais Lauri-Matti Parppei, raconte un véritable mouvement intérieur. À la fois comédie, chronique mélancolique et expérience sensorielle, le film explore la manière dont un être abîmé peut se réaccorder au monde par l’amitié et la création. Pauli est flûtiste classique. La virtuosité, la discipline et la quête de perfection ont longtemps structuré sa vie. Mais lorsque le film commence, tout s’est effondré. Dépression, fatigue d’exister et enfin retour contraint dans la petite ville du nord de la Finlande où il a grandi. Chez ses parents, on parle peu, surtout pas de ce qui fait mal. La souffrance se tait, comme si la nommer la rendait plus réelle encore. Pauli, lui, avance à bas bruit, porté par une forme de mélancolie discrète.

Désapprendre la perfection

La rencontre avec une ancienne camarade de classe va pourtant fissurer cette inertie. Elle l’entraîne dans un univers totalement inattendu, voire opposer à ses principes et sa pratique. Il s’agit de musique expérimentale, libre, chaotique, parfois carrément absurde. Pour cet homme formé à la rigueur du conservatoire, c’est un choc. Ici, on ne cherche pas la pureté du son mais son énergie, son accident, sa joie imparfaite. Peu à peu, Pauli comprend que la musique n’est pas seulement une performance, mais un lieu où l’on peut respirer ensemble.

Apprendre à travers la musique expérimentale

Lauri-Matti Parppei filme ce déplacement intérieur comme une partition. Le récit se construit par touches, silences, répétitions, variations. Les corps comptent autant que les notes. La caméra épouse les hésitations qui s’installent, les élans qui jaillissent. Et apparaissent aussi des moments de grâce… fragiles. Contre toute attente, le film n’est pas sombre. Il est traversé par un humour tendre, par des figures burlesques que sont notamment ces deux acolytes aussi drôles qu’émouvants, qui rappellent que la marginalité peut devenir une forme de liberté joyeuse. Sous cette légèreté apparente, se cache une vraie réflexion spirituelle. Pauli croyait devoir être parfait pour mériter d’exister. La musique expérimentale lui apprend autre chose. Accepter l’inachevé, faire confiance au processus plutôt qu’au résultat. D’une certaine manière, le film raconte une conversion douce qui le fait passer du contrôle à l’accueil, de la maîtrise à la relation.

Un autre horizon

Dans une société qui valorise la réussite et la reconnaissance, La lumière ne meurt jamais propose un autre horizon. L’art n’y est pas trophée, mais chemin. La beauté ne vient pas d’un idéal figé, mais de la ferveur partagée. L’amitié devient une forme de salut quotidien, une manière très concrète de se tenir debout quand tout vacille.

Ce premier film rappelle ainsi que la lumière ne disparaît pas quand tout semble s’éteindre. Elle peut changer de forme. Elle circule parfois autrement et souvent à travers les autres.

Et parfois, il suffit d’un son un peu faux, d’un rire, d’un bruit de mixeur, de casserole ou d’un tube de plomberie, d’une présence encore, pour que la vie recommence à vibrer. Et me vient en tête cette chanson de catéchisme pleine de sagesse biblique « Je suis la lumière, a dit le Seigneur. Avec moi, mon frère, ouvre-lui ton cœur. Le monde est plein d’ombre : Brillons, brillons bien ! Toi dans ton coin sombre, et moi dans le mien. »… Mais après, vient la question de quelle lumière s’agit-il ? Bougie, spot, led, rayon de soleil, flash… ? À vous de voir…