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Dune… quand t’es dans le désert

C’est très clairement la sortie cinéma de la semaine, peut-être celle de l’année pour un nombre important d’afficionados du genre SF/Fantasy. Dune, version Denis Villeneuve, est enfin là avec neuf mois de retard !

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Publié le 16 septembre 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

L’histoire de Paul Atreides (Thomas Chalamet), jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s’il veut préserver l’avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l’humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre… 

Il y aura bientôt cinq ans, je sortais, chamboulé et admiratif, suite à la découverte sur grand écran d’Arrival (Premier contact). La science-fiction que j’aime, qui nous en mets aussi plein les yeux et les oreilles, mais qui nous fait aussi réfléchir, qui transcende son sujet avec beauté et sens. Avec Villeneuve, il faut dire, on a là une valeur sûre qui ne me déçoit personnellement jamais. L’annonce que le réalisateur canadien s’attaquait au monument littéraire de Frank Herbert, m’avait littéralement survolté. Après l‘effet d’annonce, les doutes eurent le temps de s’immiscer… tout de même, Dune… sans besoin même d’évoquer tout ce qui plane autour de cette œuvre maudite… C’est donc avec ce mélange de prérequis que je me suis installé dans un confortable fauteuil et que le logo de Warner a pu apparaitre et s’animer pour me faire entrer dans l’univers désertique et fantastique d’Arrakis. Et à partir de là, je n’ai plus décroché d’une seconde des quelques 2h30 de cinéma.

Dune est véritablement un spectacle de science-fiction pur et dur comme on n’en a pas vu depuis longtemps, qui marie la cinématographie austère et la musique inquiétante de Arrival et Blade Runner 2049 à une mythologie complexe basée sur l’épopée spatiale notoirement épineuse de Frank Herbert. Comme la plupart des grands auteurs visuels, Villeneuve travaille mieux que jamais lorsqu’il y a de la viande sur l’os, de la substance dans ce à quoi il s’attèle. Et avec la multitude de thématiques fleurant bon le mystique et la politique dans l’œuvre éponyme d’Herbert, tout était réuni pour lui offrir la matière à son génie. C’est tout d’abord le colonialisme qui devient le fil conducteur de cette histoire d’un empire sinistre qui contrôle les ressources rares d’une planète désertique, et Villeneuve n’hésite pas à le dénoncer : « Ils ravagent nos terres sous nos yeux », résume la sublime Chani (Zendaya), membre de la tribu indigène des Fremen sur Arrakis, dans la voix off d’ouverture. Alors que les familles en guerre se battent pour le « pouvoir du désert », Villeneuve résiste audacieusement à un excès de propos inutiles pour privilégier des tableaux dramatiques qui expriment la force écrasante du contrôle impérial, les personnages se profilant devant les vaisseaux militaires et des bâtiments d’une richesse sans âme. Les plus impressionnants, cependant, resteront les deux moments palpitants mettant en scène les célèbres vers des sables d’Arrakis, des créatures monstrueuses dont l’énormité non humaine éclipse les humains et leurs petites luttes de pouvoir. C’est aussi, au cœur de la quête de Paul, la dimension écologique ou familiale qui apparait, avec une dimension profondément spirituelle, par essence.

Par moments, bien sûr, Dune donne l’impression de se retenir, peut-être parce qu’il ne couvre finalement que la première moitié du premier volume d’Herbert, axée sur la description de la situation, une forme d’enquête sur le pouvoir et une quête d’un Sauveur et qu’il n’a donc pas la lourde interrogation sur la condition humaine qui a rendu Arrival, en particulier, si captivant. À noter justement que pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, ce sera un voyage incroyable à faire – et le film fait un excellent travail didactique, en expliquant bien l’histoire et en la rendant intrigante et intéressante. Les fans de longue date, quant à eux, seront certainement satisfaits de l’adaptation et de la façon dont l’histoire est rendue. Car c’est sans doute le seul bémol possible que l’on puisse apporter avec, encore une fois, des raisons légitimes à ce sentiment. Car ici tout est superbe…  Dune n’est d’ailleurs pas seulement un film, mais c’est une véritable expérience qui mérite d’être vu sur le plus grand écran possible. Si les décors sont magnifiques, les costumes le sont tout autant. Et encore Dune n’est pas seulement époustouflant sur le plan visuel, les acteurs ont une chimie étonnante et font un travail formidable pour incarner leurs personnages. Et quel casting de rêve : Timothée Chalamet, Zendaya, Rebecca Ferguson, Jason Momoa, Josh Brolin, Charlotte Rampling, Oscar Isaac, Dave Bautista, David Dastmalchian, et la liste est encore longue. Il n’y a pas de maillon faible parmi les interprètes. Chacun a son moment, ce qui est souvent difficile à réaliser avec un casting de cette ampleur. Bien sûr, certains ont moins de répliques que d’autres, mais ils ont tous un certain impact sur le film. Et l’alchimie entre Chalamet et Ferguson, qui joue le rôle de sa mère Lady Jessica, est l’un des éléments forts du film.

Dune est aussi un étonnant voyage auditif, avec non seulement un montage sonore enveloppant, mais aussi l’une des meilleures partitions que le maître Hans Zimmer (The Dark Knight, Pirates des Caraïbes, etc) ait jamais composées. Les compositions sont magistrales et font de cette bande-originale, comme cela est quasi toujours le cas dans des œuvres majeures, une sorte de fondement constitutif du film.

Dans les interviews de promotions, Denis Villeneuve a estimé que Dune ne pourrait sortir à un meilleur moment dans l’époque troublée que nous traversons. Il a alors évoqué une « ode à l’esprit humain » en expliquant que « cette histoire parle surtout des capacités d’adaptation des êtres humains. Au cours des prochaines décennies, l’humanité fera face à des changements d’ordre culturel et climatique, qui feront en sorte que notre rapport au monde et à la nature devra forcément s’adapter. Dune est un appel en ce sens, lancé particulièrement aux plus jeunes générations. C’est grâce à elles que le monde pourra changer ». C’est aussi, pour le protestant que je suis, une quantité d’analogies spirituelles, religieuses et bibliques qui peuvent être observées. Elles puisent inévitablement dans la matière initiale d’Herbert mais sont vivifiées dans les mains de Villeneuve au travers d’une sorte d’hymne au désert et par la dimension messianique qui traverse chaque instant du scénario.

Avec une narration visuelle somptueuse, Dune de Denis Villeneuve est une adaptation parfaite de l’une des grandes épopées littéraires de la science-fiction et il insuffle la vie au monde foisonnant d’Herbert. Mais, il lui reste aussi beaucoup d’histoire à raconter. Certes palpitant, étonnant et ambitieux, il se définit néanmoins comme une « première partie » et, de par sa nature, ne permet pas de conclure les arcs de personnages et les thèmes les plus importants. Un deuxième long-métrage, au moins, parait donc indispensable répondant, en tout cas, au souhait très clair du réalisateur canadien qui espère débuter son tournage à partir de 2022. Pour l’heure pourtant, cette deuxième partie n’a pas été officiellement commandée, et le tournage n’a pas encore débuté : Warner Bros attend de connaître les résultats du film au box-office pour donner son feu vert. Alors vite, vite, vite… on se précipite dans les salles, car en attendant, grand Dieu, quel film !

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