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En thérapie… la séance commence, installez-vous

En Thérapie, adaptation française d’une série au succès mondial, nous immerge dans le secret des rendez-vous entre un psy et ses patients. L'interprétation est magistrale.

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Publié le 3 février 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

À partir de ce jeudi, la télévision se met en mode analyse, chaque semaine sur Arte, par bouquets de 5 épisodes de 30 minutes, après avoir initié le processus déjà depuis une semaine sur son site internet. En Thérapie, c’est l’adaptation française d’une série au succès mondial par le duo Toledano/Nakache. Après le In Treatment américain et l’adaptation de quinze autres pays, les deux cinéastes français reprennent les codes de la série israélienne BeTipul, nous faisant pénétrer dans le secret de rendez-vous entre un psy et ses patients marqués par les attentats du 13 Novembre. Une petite pépite qui nous conduit à regarder la télévision autrement.

Paris, automne 2015. Philippe Dayan (Frédéric Pierrot) reçoit chaque semaine dans son cabinet à deux pas de la place de la République, une chirurgienne en plein désarroi amoureux (Mélanie Thierry), un couple en crise (Clémence Poésy et Pio Marmaï), une ado aux tendances suicidaires (Céleste Brunnquell) et un agent de la BRI traumatisé par son intervention au Bataclan (Reda Kateb). A l’écoute de ces vies bouleversées, le séisme émotionnel qui se déclenche en lui est sans précédent. Pour tenter d’y échapper, il renoue avec son ancienne analyste, Esther (Carole Bouquet), avec qui il avait coupé les ponts depuis près de 12 ans

En 2017, l’un de mes coups de foudre cinématographique était The Place (ou Café Roma), un film italien réalisé par Paolo Genovese, adaptation de la série TV américaine The Booth at the End. Une immersion au cœur de la vie de plusieurs personnages par l’unique prisme du récit, du dialogue entre ces gens et un étonnant personnage qui les recevaient individuellement à la table d’un café. En Thérapie nous ramène à cette manière d’opérer qui peut vite, sur le papier, sembler rébarbative. Mais ça, c’est juste sur le papier… car ici, comme pour The Place, le rendu est magistral et même addictif. 35 épisodes de 26 minutes où l’on a, à chaque générique de fin, l’unique envie de regarder le prochain épisode.

Alors quelques éléments de compréhension. Épaulés par une équipe de réalisateurs, Olivier Nakache et Eric Toledano ont eu la bonne idée dans cette adaptation française, de situer les événements dans la suite immédiate des attentats du Bataclan. C’est donc l’impact de ce drame qui se tapit quelque part derrière chaque histoire, chaque personnage, patients comme thérapeute. Et alors que les divers traumatismes, fêlures, angoisses se révèlent le spectateur accompagne également le médecin dans ces questionnements.

Le duo de réalisateurs expliquait d’ailleurs que « la période que nous vivons où les paroles d’experts se succèdent, où beaucoup de gens parlent mais peu écoutent » est une période où ils ont eu envie de « remettre l’écoute et le silence en avant dans un monde bruyant ». Et c’est exactement ce qui se produit. On s’arrête, on s’installe, on se cale devant sa télé, et on entre dans ces histoires individuelles et collectives à la fois. Car En thérapie ne nous fait pas seulement devenir une petite souris mateuse dans un cabinet de psy, mais elle vient sonder les séquelles d’une communauté de femmes et d’hommes, et elle rejoint chacune et chacun avec subtilité et émotion.

Pour y arriver, et tout particulièrement à cause des codes minimalistes choisis, huis clos, l’usage du champ-contrechamp, cette façon de se cantonner quasi exclusivement aux face-à-face, l’importance du jeu d’acteur est alors primordiale. Et là, vrai coup de chapeau à l’ensemble du casting. Alors j’aimerai plus spécifiquement mettre en avant les remarquables prestations de Reda Kateb qui une fois de plus assure une prestation rigoureuse et percutante, également Mélanie Thierry, magnifique dans son rôle plein de nuances et de séduction et surtout la remarquable Céleste Brunnquell qui, après avoir crevé l’écran dans Les Éblouis, nous touche en plein cœur à nouveau. Et puis, forcément, pour lier l’ensemble, donner du sens à tout ça, il fallait un grand thérapeute. Et c’est Frédéric Pierrot qui apporte tout son talent et sa présence pour faire vivre ce personnage et apporter force et caractère à son rôle qui se joue fondamentalement dans la dimension de l’écoute.

C’est d’ailleurs avec la qualité de cette valeur révélée que j’aimerai conclure. Car En Thérapie est une série à dimension empathique qui se construit dans l’importance de la relation, de l’attention portée à l’autre, du sens de la rencontre. Et, mon Dieu, que c’est bon de le rappeler et de valoriser ces notions qui nous font être humains.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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