ENTRETIEN

Europa-Park : “Nous ne sommes pas à Las Vegas”

Europa-Park est un parc d’attractions à thèmes situé à Rust en Allemagne. Au milieu des attractions, des hôtels et des restaurants, se trouve une particularité : une Stabkirche, une église en bois de type scandinave. Entretien avec la protestante Andrea Ziegler et le catholique Andreas Wilhelm, les aumôniers du parc.

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Publié le 3 mars 2022

Auteur : Gwenaelle Brixius

Comment est venue cette idée d’avoir des aumôniers à Europa-Park ?

Andreas Wilhelm (A.W.) : L’idée est venue à l’esprit de la famille Mack en 2005. Jusqu’à cette date, un prêtre venait dans le parc de manière occasionnelle. Puis, les demandes pour organiser des mariages se sont multipliées. Et le parc accueille des millions de visiteurs chaque année. Il fallait que les Églises soient présentes de manière plus régulière. Dès le départ, le projet devait être œcuménique. Nous menions une réflexion au sein de l’évêché de Fribourg : proposer la foi aujourd’hui, être présents dans des endroits inattendus, convaincre sans imposer, susciter le dialogue. Depuis 2005, les aumôniers sont donc là quotidiennement. En 2019, avant que la pandémie ne bouleverse nos activités, nous avons célébré une cinquantaine de baptêmes et une quarantaine de mariages avec environ un tiers de protestants et deux-tiers de catholiques. Les familles et les couples ne viennent pas que de la région. Ils viennent de Suisse, de Bavière, d’Espagne…

Quel est votre parcours ?

Andrea Ziegler (A.Z.) : Je suis diacre de l’Église protestante allemande et je suis arrivée sur ce poste d’aumônier en mars 2020. J’ai commencé avec la crise du Covid. Je n’ai pas encore pu prendre la juste mesure des tâches qui m’attendent. Avant cela, j’étais en charge de l’enfance et de la jeunesse pour l’Église protestante du pays de Bade (Evangelische Landskirche in Baden). Par ailleurs, je suis aumônier dans un centre de soin cardiologique.

A.W. : je suis diacre permanent dans le parc depuis 2015. Avant cela, j’étais en particulier référent pastoral dans le doyenné de Baden.

Comment les visiteurs réagissent-ils lorsqu’ils comprennent que la Stabkirche n’est pas factice ou un simple élément de décor ?

A.Z. : J’aime bien quand les gens s’étonnent en découvrant la Stabkirche. Quand ils y pénètrent, ils demandent toujours si elle est vraie. Et cela permet de belles discussions. Nous expliquons alors que des couples se marient dans cette église, que des parents y font baptiser leurs enfants, que des offices y sont célébrés, que cette église est utilisée comme une église. Pour beaucoup, c’est surprenant. Tout est décor dans le parc, sauf l’église. Pour d’autres, cette église est comme un chez-soi. J’ai croisé des visiteurs qui ne manquent jamais de venir s’y assoir pour prier et se recueillir un instant avant de continuer à profiter des attractions du parc. L’église est vraiment considérée comme telle. Naturellement, il y a des gens pressés et qui ne souhaitent pas discuter. Je les comprends : ils ont payé un billet pour se divertir pendant une journée. Souvent des familles viennent pour faire une pause au calme ou profiter des animations que nous proposons. Les clients des hôtels ou les abonnés à l’année prennent le temps de s’arrêter pour nous rencontrer.

A.W. : Dans la chapelle Boecklin*, se trouve une statue de la Vierge Consolatrix afflictorum (consolatrice des affligés). Elle nous a été offerte pendant la pandémie par la paroisse du village de Scheidgen au Luxembourg. Cette statue est authentique. Elle n’est pas un objet de décor. L’esprit de notre travail, c’est de proposer un témoignage de foi dans le plus grand respect des visiteurs. Il s’agit d’abord d’inviter au dialogue.

Quel accompagnement proposez-vous aux visiteurs ?

A.W. : En plus des personnes qui visitent l’église, nous accueillons aussi des groupes. Il s’agit de groupes paroissiaux et des groupes de jeunes. En collaboration avec des paroisses alsaciennes, nous proposons par exemple, Le Chemin des traces qui est une invitation à réfléchir à où nous en sommes dans notre vie. Nous sommes aussi disponibles pour les collaborateurs et collaboratrices du parc. Nous l’avons été pendant les confinements par visio-conférences, pour apporter du soutien. Nous célébrons des offices et nous accompagnons enfin les familles et les couples pour les mariages et les baptêmes.

Quand les couples souhaitent se marier, cela se passe comment ?

A.W. : Ils appellent l’accueil d’Europa-Park pour connaître les disponibilités des lieux (église, salles, restaurant…). Et ils préparent la célébration avec nous. Bien entendu, les mariages sont célébrés selon les liturgies de nos Églises et les couples doivent être mariés civilement. Leur mariage est inscrit dans un registre paroissial (celui de Rust pour les catholiques et dans les registres des paroisses d’origine du côté protestant). Leur mariage est bien réel. Nous ne sommes pas à Las Vegas.

Pourquoi les couples choisissent-ils de se marier à Europa-Park ?

A.Z. : Les personnes adorent Europa-Park et de nombreuses demandes en mariage y sont faites. Et tout peut y être fêté qu’il s’agisse d’une toute petite fête ou d’une très grande réception. Le parc propose tout : la cérémonie, le décor, un DJ, le repas, les nuitées. Tout est là et tout est possible. J’ai célébré un mariage, par exemple, où ils n’étaient que quatre : le couple et les deux témoins. Leur fête, c’était de passer une journée dans le parc. Beaucoup apprécient l’esthétique de l’église. Pour la plupart, ils se sentent dans le parc comme chez eux, ils s’y sentent bien et oublient tous leurs soucis. Les mêmes arguments sont amenés au sujet des baptêmes.

Vous célébrez aussi des offices…

A.W. : Nous célébrons trois grands offices au courant de l’année. Pour le 1er Avent, pour Pâques et pour la fête des Récoltes. Nos offices sont œcuméniques et consistent en une liturgie de la Parole (sans sainte Cène). Avec le Covid, nous nous sommes adaptés comme tout le monde et avons mis nos célébrations en ligne. En temps normal, lorsqu’un groupe de paroisse ou de jeunes s’annonce, nous leur proposons un office. La dernière grande célébration était celle de Pâques 2019 avec l’évêque protestant du pays de Bade et l’évêque catholique de Freiburg. Et il y a cinq ans, nous avons même célébré un office pour la première chaîne de la télévision publique allemande.

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Magazine protestant régional pour les paroisses de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Diffusé à plus de 45 000 exemplaires, ce magazine de 32 pages paraît tous les deux mois. Il aborde sous la forme de dossiers, d’entretiens et de mises en lumière la vie de tous les jours, les questions et les réalités de la foi.

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