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France-Algérie ! Les passions douloureuses

« L’Histoire n’a pas de nationalité. Elle permet de sortir de la concurrence victimaire ». C’est la démarche que préconise Benjamin Stora en analysant le problème des archives qui doivent être ouvertes des deux côtés de la Méditerranée.

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Publié le 22 mai 2021

Auteur : Gabrielle Cadier-Rey

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Nous avons ici même rendu compte de l’ouvrage (Collection Bouquins) réunissant six livres de Benjamin Stora sous le nom de Une mémoire algérienne. On y suivait l’engagement d’un historien dans son parcours personnel et comment il mêle son vécu et son travail dans les archives. C’est cette double approche et sa connaissance des mémoires antagonistes qui ont amené le Président de la République à lui demander un rapport sur les moyens de réconcilier les mémoires des deux côtés de la Méditerranée. Et c’est ce rapport qui est présenté ici, suivi de quatre annexes de documents officiels et d’une bibliographie ciblée et donc forcément sélective.

Le rapport commence par un rappel de ce qu’a été la longue, brutale et douloureuse conquête de l’Algérie, engendrant des inégalités autant économiques que civiles, et des mémoires forcément différentes. Puis à l’occasion de la guerre d’Algérie (longtemps niée sous le nom d’événements d’Algérie), il évoque ceux qui ont dénoncé tortures et exactions, notamment certains catholiques et plusieurs juifs. On peut regretter qu’aucun protestant ne soit cité.

Dans la seconde partie « Les rapports de la France et de l’Algérie », B. Stora rappelle combien les différentes lois d’amnistie se sont traduites, en fait, par l’amnésie. Seules les relations économiques importaient. Mais avec le XXIe siècle, la France reconnaît le terme « guerre d’Algérie ». La parole se libère. Des pas significatifs officiels sont accomplis par les présidents J. Chirac et F. Hollande, mais les différentes mémoires restent blessées de par leur propre vécu. Que préconise B.S. pour les réconcilier ?

Pierre Nora écrit : « L’Histoire n’a pas de nationalité. Elle permet de sortir de la concurrence victimaire ». C’est la démarche que préconise B. Stora D’abord en analysant le problème des archives qui doivent être ouvertes des deux côtés de la Méditerranée. À qui appartiennent-elles ? Comment les partager ? Il évoque ensuite le problème des disparus pendant la guerre, à la fois algériens et européens. Comment, dit-il, faire son deuil de cette guerre si l’on n’évoque pas le sort des personnes qui n’ont jamais été enterrées et qui continuent d’errer comme des fantômes dans les consciences collectives françaises et algériennes ?

Il aborde ensuite « la question des excuses » (que réclament les autorités algériennes). Stora prend alors l’exemple du Japon et de ses voisins auxquels il a fait des excuses qui n’ont été d’aucune utilité. Elles n’ont rien apporté à la connaissance des faits. Doivent être aussi prises en compte les conséquences des essais nucléaires dans le Sahara qui ont laissé des déchets contaminés. Les cimetières européens et juifs doivent être protégés. Stora préconise aussi des petits gestes symboliques mais politiques, comme la restitution à l’Algérie d’un célèbre canon, ou du sabre d’Abd el Kader, et la mise en place de plaques souvenirs dans différents lieux.
Il prône la constitution d’une Commission « Mémoire et vérité » pour impulser des initiatives communes, comme aider les étudiants historiens, donner des bourses, créer un fonds pour multiplier les traductions, etc. Il faudrait aussi généraliser les cours sur l’histoire des deux pays et donc augmenter le nombre des professeurs. Car c’est seulement sur la vérité que la réconciliation se fera.

 

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