#Cannes2021

Haut et fort… mais peut mieux faire

Dans le centre culturel d'un quartier populaire, Anas tente d'enseigner le rap à un groupe d'adolescents.

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Publié le 16 juillet 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

2012, mon 1er Festival de Cannes comme membre du Jury œcuménique et pendant la quinzaine la découverte du cinéaste et producteur marocain Nabil Ayouch qui y présentait Les Chevaux de Dieu dans la sélection Un certain regard. Une remarquable fiction inspirée des attentats de Casablanca en 2003, lesquels ont été perpétrés par des jeunes hommes issus de Sidi Moumen, en périphérie de Casablanca.

Retour cette année au même endroit, avec le même réalisateur, avec Haut et fort, mais cette fois-ci pour découvrir la réalité du centre culture Les Étoiles, un espace dédié à la formation des jeunes du quartier aux métiers des arts et de la scène et ici plus précisément du hip-hop.

L’ancien rappeur Anas (Anas Basbousi dans son propre rôle) prend un emploi dans un centre culturel d’un quartier populaire de la ville et tente d’enseigner le rap à un groupe mixte d’adolescents. Ses élèves répondent avec enthousiasme, en apportant leurs problèmes personnels, la question religieuse et politique dans la classe.

Comme Anas, les jeunes acteurs jouent des versions d’eux-mêmes et mettent leurs talents de rappeurs, de chanteurs et de danseurs au service de scènes très agréables et prenantes. Derrière cela transparaît un objectif pédagogique : le flow et la teneur des mots des élèves est un aperçu révélateur de la vie dans le quartier de Sidi Moumen, avec les conflits et contradictions de leurs vies qui se prolongent et sont explorés dans des débats dynamiques au sein de la classe.

Anas tient à garder la religion en dehors, mais l’Islam est un thème incontournable lorsque les enfants partagent leurs différents points de vue sur leur quotidien, sur les vêtements appropriés pour les femmes par exemple, et plus généralement sur ce qui autorisé ou interdit. De jeunes rappeuses portent des hijabs et en discutent, et s’engagent dans des conversations animées sur le genre. Il y a une conversation fascinante sur le harcèlement, dans laquelle les garçons suggèrent que les filles ne seraient pas attaquées ou importunées si elles couvraient davantage leur corps. Les différentes positions sont exprimées. C’est un débat passionnant qui, malheureusement, reste d’une pertinence universelle.

Sur tous ces aspects, Haut et fort réussit très brillamment à séduire et interpeller. Mais hélas, en faisant le choix de multiplier la forme proposée qui alterne entre fiction, documentaire et même clip musical, Ayouch nous perd plus ou moins sur sa route. L’autre regret personnel se situe dans l’effleurement de ces histoires individuelles. On a envie d’en savoir plus… de ne pas seulement apercevoir sur une scène la vie chez l’une de ces jeunes, ou la réaction d’un instant d’un parent… Quelle frustration de ne pas entrer dans l’histoire individuelle de deux ou trois protagonistes et celle d’Anas également. On perçoit quelques points névralgiques mais rien de plus.

De même, comment ne pas être touché par le dialogue qui se met en place entre Anas et l’une de ses élèves sur la possibilité de ne pas abdiquer, de faire bouger les choses : « Vous devez le changer puisque vous ne l’avez pas choisi », tel un mantra provocateur du professeur mais auquel la jeune fille apporte la réplique encore et encore en lui disant « mais si je ne peux pas » à chacune de ses allégations. Moment terriblement fort qui s’arrête là et nous laisse sur un certain regret de ne pas aller plus loin et, là encore, découvrir la réalité de cette jeune artiste potentielle.

Alors oui, le film a ce pouvoir de nous accrocher, et le message « politique » qui l’accompagne pourrait peut-être séduire un président du Jury comme Spike Lee… mais voilà.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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