Avec son nouvel ouvrage intitulé Les protestants du nord de la France du XVIe siècle à nos jours, paru aux éditions Les Indes savantes, l’historien Alain Joblin répare une injustice dans l’histoire du protestantisme. “On a toujours ignoré l’existence d’une présence protestante dans le nord de la France. Même si nous ne sommes pas dans les terres de protestantisme et que ça n’a rien à voir avec les grosses communautés des Cévennes, du Languedoc ou du Poitou, il y a quand même eu une très, très grosse communauté protestante à Calais”, souligne le professeur émérite d’histoire moderne.
Certes minoritaire, le protestantisme dans le nord de la France est très spécifique à ce secteur. “En fait, il y a deux protestantisme à l’époque moderne. Il y a celui qui va vivre sa foi, qui va exister officiellement et être légalement reconnu par les édits de pacification, dont l’édit de Nantes. C’est le cas des églises protestantes de Boulogne de Calais, et de celle de la Thiérache”, décrit-il. Dans la partie nord de l’actuel département de l’Aisne, la communauté protestante a compté plus de 3 000 membres. Elle peut également se targuer d’avoir eu un protecteur très spécial. “Alors que la pratique publique du protestantisme est interdite, en plein XVIIIe siècle, on s’aperçoit qu’elle est protégée par le roi de France”, souligne Alain Joblin. Un point de l’histoire expliqué dans son ouvrage.
Des stratégies de survie
À côté de ce protestantisme autorisé, un autre n’a jamais été légalisé. “On ignore souvent que le département du Nord et une grande partie du département du Pas-de-Calais n’ont pas été français jusqu’au milieu jusqu’au milieu du XVIIᵉ siècle. Ces régions dépendaient de l’empereur, puis de son fils Philippe II d’Espagne. Là, le protestantisme n’a jamais été autorisé. Les communautés se sont donc organisées pour vivre clandestinement”, résume l’auteur. Une clandestinité qui durera après le rattachement de ces territoires au royaume de […]
