L’histoire de cette Eglise est loin d’être un long fleuve tranquille, et ce, depuis son début au 16e siècle. On ne peut dissocier totalement sa fondation de la Réforme occidentale, sa naissance résulte plutôt d’un jeu de pouvoir entre Rome et Londres. Au début, il lui manque une base théologique rigoureuse. Sa théologie est plutôt le fruit d’une évolution riche en rebondissements.

Pour comprendre les débuts de l’Eglise d’Angleterre, on doit commencer avec le roi Henri VIII, roi d’Angleterre et, à partir de 1542, d’Irlande. Devenu roi en 1509 à la mort de son père Henri VII, il annonce tout de suite qu’il acceptera d’épouser Catherine d’Aragon, fille du roi d’Espagne. Catherine était veuve, car son premier mari, le frère aîné d’Henri VIII, Arthur, était décédé à l’âge de 15 ans, à peine 20 semaines après son mariage.

A la suite de son mariage avec Henri, Catherine accouche six fois,  de trois garçons et trois filles, mais quatre d’entre eux sont mort-nés et le garçon survivant décède à l’âge de sept semaines. Le roi s’impatiente : il veut que sa femme lui donne un héritier.

Au même moment, il tombe amoureux de la sœur de la dame d’honneur de sa femme, Anne Boleyn, au point de songer  à annuler son mariage pour pouvoir épouser Anne.

Mais pour cela il faut une dispense du pape Clément VII, fondée sur l’argument qu’en épousant Catherine, Henri a agi en violation du Lévitique chapitre 20, qui interdit le mariage avec l’épouse de son frère. Mais le pape refuse de délivrer la bulle nécessaire, il refuse d’invalider le premier mariage (Au début, Martin Luther essaie de soutenir Henri en argumentant que la Bible n’interdit pas la polygamie !).

Il faut comprendre qu’au départ, Henri VIII n’a pas l’intention de rompre avec Rome. En 1521, par exemple, il a publié  une polémique contre le protestantisme, œuvre qui lui a valu le titre de « Fidei Defensor » (défenseur de la foi) décerné par le Pape Léon X.

La rupture définitive avec Rome a lieu en 1534, un an après le mariage d’Henri VIII et Anne. Une nouvelle loi fait du roi le chef suprême de l’Eglise en Angleterre, et abolit le droit d’appel de Rome. Le pape excommunie le roi ainsi que l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, qui avait déclaré le mariage avec Catherine illicite, et donc permis le mariage avec Anne.

Toutefois on ne peut dire que la rupture avec Rome déclenche tout de suite une réforme rigoureusement protestante. On ne touche pas aux doctrines fondamentales de l’Eglise, ni aux structures historiques, les évêques et le clergé restent en poste, les prêtres ont toujours le devoir de chasteté, et on croit toujours à la présence réelle du Christ dans le pain et le vin à la messe. C’est plutôt par intérêt politique et dynastique que le roi s’affirme chef suprême de l’Eglise. Il est plus exact de parler d’une évolution qui tend vers la réforme, que d’une révolution. Cette évolution dépend du climat politique d’alors, très instable pendant le règne d’Henri VIII. Deux évènements sont à noter :

– la traduction de la Bible en anglais, réalisée par William Tyndale en 1526, puisant dans la Bible allemande de  []