Jésus version ronde pointée

Jésus version ronde pointée

Depuis le 17 octobre, Jésus se donne en spectacle au Palais des Sports de Paris. L'affiche, en noir et blanc, dévoile un visage christique stylisé. Pouvait-on y voir un signe annonciateur d’un spectacle résolument osé, décalé et moderne ?

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Publié le 30 octobre 2017

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Deux soirs après la première de « Jésus, de Nazareth à Jérusalem », je me suis donc décidé à me faire MON idée, en essayant au maximum de ne pas me laisser influencer par les commentaires et critiques diverses. Pour aller jusqu’au bout de mon opinion et de ma liberté, j’ai même fait le choix d’acheter ma place, comme tout le monde… sans profiter d’une quelconque invitation. Et me voilà donc ce jeudi 19 octobre entrant avec curiosité dans cette belle salle de spectacle parisienne où, dans les années 80 puis en 2000, Jésus avait déjà fait escale par le truchement artistique de Robert Hossein.

Surprise agréable mais peut valorisante, mon billet premier prix se transforme en une place plutôt très bien placée. Et oui, la salle est loin d’être pleine et on a réduit donc la capacité d’accueil pour que tout semble bien rempli. Qu’importe, ne nous faisons pas d’idées préconçues… Les lumières s’éteignent… et nous voici en Galilée, il y a plus de 2000 ans.

Rassurez-vous, je ne vous referai pas ici tout le spectacle et ne spoilerai absolument rien… promis ! Mais je vous partagerai juste quelques commentaires personnels, en insistant bien sur le fait qu’il s’agit d’un ressenti tout à fait subjectif.

La première chose à dire, me semble-t-il, c’est qu’Obispo et Barratier nous livre ici du beau spectacle. Décors, lumière, talents vocaux… le résultat est là. On pourra regretter quelques petits bugs légers ici ou là, quelques hésitations ou bafouillis mais rien de bien grave et nous n’en sommes encore qu’au tout début des représentations. Jolis textes, « Obispo mélodies & arrangements » (il est clair que la « patte » Obispo est hyper reconnaissable… on ne se refait pas), et des artistes qui se révèlent comme, plus particulièrement, Anne Sila dans le rôle de Marie, Crys Nammour dans celui de Marie-Madeleine, ou Solal en Pilate.

J’ai aussi apprécié globalement la construction du récit de Christophe Barratier. Si le metteur en scène s’est permis parfois quelques arrangements dans la chronologie des événements, ses choix font sens et donnent de l’efficacité à l’histoire. Autre constat, la volonté affirmée d’être proche du texte jusqu’à, pour quelques passages importants, reprendre mots pour mots certains versets des Évangiles.

Mais voilà, le Jésus hipster de l’affiche n’est finalement que sur l’affiche. Car pour le reste, j’ai eu l’impression d’assister à une suite de présentations d’images pieuses, très jolies, mais tellement collectionneuses de clichés. Et puis surtout, l’histoire avance au rythme de la ronde pointée sans que la moindre croche se manifeste dans la partition évangélique. Un Jésus tout en lenteur, me donnant l’impression de faire la publicité pour le nouveau « Tranxène ». Et avec ces options rythmiques et visuelles, finalement un Jésus très lisse, évidemment bienveillant, mais ayant perdu de son caractère. Une histoire bien entendu merveilleuse, mais où les aspérités du récit semblent avoir été occultées. Et ainsi encore, la curieuse sensation qu’amour rime nécessairement avec platitude et mièvrerie. Et tout ça est bien loin de « mon » Jésus et de la réalité de la vie. Quel manque de Rock’n Roll dans tout ça ! Alors, pas forcément dans la musique (quoi que… ou du moins quelques ballades supprimées et changées « miraculeusement » en titres pêchus et moins « bisounours »), mais dans les personnages, dans la façon de raconter ce récit révolutionnaire… car c’est quand même cela aussi la Bonne Nouvelle. Une histoire hors norme qui change le monde et va à contre courant de tout à cette époque mais aujourd’hui encore et toujours. Un peu de relief, de salissures, de surprises auraient été tellement bienvenus !

Mais alors, en même temps, je vous l’accorde volontiers… ce que j’ai regretté personnellement aurait sans doute été pour d’autres la critique précisément, si tels avaient été les choix des auteurs. Mais enfin, j’ose vous donner mon opinion, et puis d’ailleurs… que celui qui n’a jamais critiqué me jette la première pierre !

Alors, à vous de voir bien évidemment… les goûts et les couleurs ça ne se commande pas ! Et même si la forme m’a déçu, cette Bonne Nouvelle, version Obispo – Barratier, je n’en doute pas, ravira un grand nombre et sera ainsi l’occasion de rappeler quelques points essentiels de cette histoire qui s’est déroulée de Nazareth à Jérusalem il y a plus de deux millénaires et continue aujourd’hui encore de transformer tant de vies…

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