Kalashnikov

Kalashnikov

Au Théâtre du Rond-Point, Pierre Notte met en scène avec une insigne adresse une tragédie irrévérencieuse et corrosive de Stéphane Guérin.

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Publié le 2 mars 2014

Auteur : Thierry Jopeck

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Quatre interprètes inspirés, points cardinaux de cette calamité inconvenante, en nouent les affres, en déchaînent les orages.

Un couple de parents immergés dans une névrose aux dimensions stratosphériques. Un transsexuel qui sait donner l’heure avant la montre et dire ce qui est arrivé demain. Un enfant en lambeaux, tueur d’une seule série de victimes, celle de sa lignée. Dernière pièce de Stéphane Guérin qui y étripe, avec force ruses et une langue dévergondée où les saillies pleuvent comme des claques, la chienne de vie et son arrière-boutique aux odeurs de vidange, Kalashnikov est une monstrueuse vision de la vacuité de nos existences. Son auteur y revisite à grands jets de vitriol et dans un raffinement d’horreurs le mythe d’Œdipe, atomise le complexe du même nom, poignarde au passage Sophocle et Freud dans les vestiaires de ce match qu’il joue et gagne contre la bienséance de nos représentations sociales. Car ce n’est pas tant la famille qu’il liquide ainsi d’un feu nourri d’esclandres et de clameurs que la faillite définitive d’une entreprise humaine où toute dignité s’est convertie au rendement des productivités, à la violence de l’ignorance, à la versatilité des convictions.

C’est là ce que Pierre Notte, autre auteur habitué à découper sous la lame intransigeante de ses pièces les égarements de notre paraître, orchestre avec une sévérité janséniste. A la profusion de la langue, aux ravages que dispersent les manigances de Stéphane Guérin, il confronte une mise en scène bâtie comme une partie jouée sur un plateau, cadrée d’une lumière d’acier, où roi et reine ne voient rien venir du pion animé par le fou qui leur fera échec et mat. L’auteur met le feu, le metteur en scène invite le diable. Ensemble, ils combinent l’éclat et l’effroi ; s’amuser fait peur quand rire, c’est pourrir un peu. […]

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