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« La main de Dieu »… retour aux sources

Le réalisateur italien Paolo Sorrentino (La Grande Bellezza, Youth, This must be the place, The Young Pope…) nous entraine dans le Naples des années 80.

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Publié le 29 décembre 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Dans son dernier film, et sans doute le plus personnel, La main de Dieu, lion d’argent à la Mostra de Venise, qui représentera l’Italie aux Oscars, et néanmoins disponible seulement sur Netflix depuis le 15 décembre (eh oui il faut se faire à l’idée que le grand cinéma se regarde maintenant souvent sur petit écran) le réalisateur italien Paolo Sorrentino (La Grande Bellezza, Youth, This must be the place, The Young Pope…) nous entraine dans le Naples des années 80. Il nous y présente ce qui ressemble à sa famille, tentaculaire et turbulente, en plaçant une version adolescente de lui-même au centre. Charme, sensualité et émotions…

Naples dans les années 80. Fabietto Schisa, adolescent mal dans sa peau, vit avec sa famille excentrique et haute en couleurs. Mais son quotidien est soudain bouleversé lorsque Diego Maradona, légende planétaire du football, débarque à Naples et le sauve miraculeusement d’un terrible accident. Cette rencontre inattendue avec la star du ballon rond sera déterminante pour l’avenir du jeune homme.

C’est tout d’abord la saga familiale qui ressort de ces quelques deux heures dix de cinéma. Les scènes d’ouverture, qui montrent les nombreux oncles et tantes qui se réunissent pour les repas du week-end dans la maison de la famille Schisa à Naples, peuvent donner au spectateur l’impression de visiter la famille d’un conjoint pour la première fois. Tellement de visages sont à rencontrer, des noms à retenir, des bizarreries à associer à ces visages et à ces noms, que l’on peut se sentir quelque peu dépassé. En nous bombardant de la sorte toute la smala, Sorrentino capture en fait parfaitement ce qu’est l’appartenance à une famille, italienne qui plus est… et surtout sa propre famille ! Et justement, dans la famille Schisa-Sorrentino, pas besoin de tirer une bonne ou mauvaise pioche… il y a de quoi faire dans son jeu… le père tout d’abord, Saverio incarné par le remarquable Toni Servillo, plein de gentillesse et volage à la fois, mais riche de joie de vivre et d’une facilité à rire facilement, surtout des farces que la mère Maria (Teresa Saponangelo), aime faire aux voisins et aux parents. Et puis il y a la beauté incarnée, qui émoustille, éveille à la sensualité, celle qui ressort le plus des souvenirs, la tante Patrizia, jouée par la magnifique Luisa Ranieri.

Cette première heure du film est un vrai délice, avec ses réunions de famille endiablées où Fabietto (Filippo Scotti – un Timothée Chalamet à l’italienne), le propre alter ego de Sorrentino à travers lequel il recrée sa prime jeunesse dans la Naples des années 80, observe les gentilles invectives et les plaisanteries acerbes entre ses proches. Ces portraits sont fondamentaux pour comprendre le changement qui s’opère chez ce jeune homme jusque-là heureux et qui subit un drame qui change sa vie à jamais. Car, en effet, à mi-parcours, une tragédie familiale survient, et le monde de Fabietto est plongé dans le désespoir. « La réalité est nulle », déclare Fabietto, qui décide alors de devenir cinéaste pour créer une réalité qui lui convienne mieux.

« Le cinéma ne sert à rien »

Fellini disait que le cinéma ne sert à rien, mais qu’au moins il distrait de la réalité. C’est d’ailleurs ce que dit également l’un des protagoniste de l’histoire à un moment du film où il semble que cela n’ait pas une grande importance, et qu’il y a là un simple détail pour donner de la couleur à l’adolescence de Fabietto. Et pourtant, dans cette phrase de Fellini, dans cette façon de comprendre le cinéma et la vie se trouve le cœur de ce film. La réalité que Sorrentino crée ici est ainsi somptueuse et sensuelle, qu’il s’agisse de la splendide baie où la famille se baigne ou des immeubles napolitains délabrés où l’on peut trouver un lustre allumé posé de travers sur le sol. Et l’empreinte de Fellini revient encore et encore… avec tous ces personnages excessifs, ces images d’une beauté superlative qui oscillent entre l’onirisme et le réel. Il en est ainsi dès le début, ce portrait de Naples vu de la mer, en silence, qui à la fin du film prend un nouveau sens. C’est aussi une réalité qui regorge de personnages truculents et fascinants. Il y a l’oncle corrompu, la grand-mère qui mange la mozzarella par bouchées, les tantes obèses, le nouveau beau-frère et puis il y a la voisine du dessus, la baronne (Betty Pedrazzi), qui enseignera à Fabietto les principes du sexe, et le metteur en scène acariâtre (Ciro Capano), qui déteste les fans et crie à Fabietto de trouver son inspiration.

L’époque est aussi importante. Nous sommes au milieu des années 80, et c’est toute l’ambiance générale qui s’en trouve marquée. Mais, plus encore, elle nous dit cette période remarquable dans la mémoire de Sorrentino où l’équipe de football de Naples va engager Diego Maradona. Le Dieu du foot qui, tel l’Esprit qui se meut à la surface de l’abime, imprègne la pensée du maître italien (on l’avait déjà aperçu dans Youth) mais aussi la totalité de son long métrage.

Alors oui, évidemment, La main de Dieu est un récit intime, un film à caractère autobiographique, mais il ne l’est pas seulement. C’est un film témoignage sur la naissance d’une vocation, ou, en d’autres termes, sur une façon de voir la vie.

 

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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