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Le blues de Ma Rainey… parfait pour les fêtes !

Un film coup de poing qui se déroule dans le Chicago des années 20 et dont on va entendre beaucoup parler, croyez-moi !

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Publié le 16 décembre 2020

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Le cinéma étant en berne dans cette époque où la culture est considérée comme non essentielle, risquant par là-même d’intégrer le catalogue de ce qui est en voie de disparition dans ce XXIème siècle, on se replit devant nos écrans de télévision. Heureusement, parfois… ça en vaut la peine et il y a de quoi alors s’en réjouir et en parler ! Le 18 décembre verra ainsi la mise en ligne sur Netflix, d’un film engagé et incontournable : Le blues de Ma Rainey ou Ma Rainey’s Black Bottom dans sa version originale.

Les tensions s’exacerbent et les esprits s’échauffent au cours d’une séance d’enregistrement, dans le Chicago des années 20, tandis que plusieurs musiciens attendent la légendaire Ma Rainey, artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues« .

Vous vous en souvenez peut-être, le vendredi 28 août dernier, le monde entier apprenait avec tristesse et stupéfaction la disparition de Chadwick Boseman, célèbre acteur américain, interprète notamment de Black Panther, emporté par un cancer du côlon à l’âge de 43 ans. Le blues de Ma Rainey le ressuscite brillamment en quelque sorte sur les écrans, puisqu’il s’agit de sa dernière prestation de comédien et de chanteur puisqu’il nous gratifie ici un peu de cet autre talent, lui qui nous avait bluffé en endossant le rôle de James Brown en 2014 dans Get On Up au côté déjà de Viola Davis et avec une réalisation de Tate Taylor.

Adapté de la pièce d’August Wilson, deux fois lauréat du prix Pulitzer, faisant elle-même partie du Pittsburgh Cycle, dix pièces qui abordent les conditions de vie de la communauté afro-américaine tout au long du XXème siècle, Le blues de Ma Rainey est un hommage à la force extraordinaire du blues, ce genre musical dérivé des chants de travail des populations afro-américaines subissant la ségrégation raciale aux États-Unis. Et, par là-même, à ces artistes qui doivent refuser de laisser les préjugés de la société dicter leur valeur. Une vieille histoire qui continue de s’écrire aujourd’hui encore… Mais c’est aussi une réflexion passionnante qui s’élargit sur le pouvoir, la race, le sexe, les ambitions et le commerce dans cette Amérique du début du XXème siècle, traitée avec sensibilité et grâce par George C. Wolfe, porté par un scénario de Ruben Santiago-Hudson et la sublime patte musicale du grand Branford Marsalis.

Le film ressemble à un huis clos puisqu’il se déroule principalement dans deux pièces d’un studio d’enregistrement : la salle de prise et la salle de répétition du groupe. C’est d’ailleurs, on peut le préciser, l’occasion de découvrir les coulisses d’une session d’enregistrement d’un vinyle à cette époque. Nous avons d’abord un aperçu rapide de l’ambiance d’un club dans la sublime scène live d’ouverture qui, soit dit en passant, résume, dans les subtils détails de ce qui s’y passe, quasiment le film en moins de cinq minutes… quelques plans extérieurs ici et là, mais la majorité se concentre ensuite sur ces deux endroits, avec une mise en scène particulièrement théâtralisée qui peut donner le sentiment aux spectateurs de se trouver au milieu d’une pièce récitée où les répliques s’enchaînent à une vitesse fulgurante. Alors que les membres du groupe rient et plaisantent entre eux, nous nous plongeons dans leur passé et dans les difficultés que chacun d’entre eux a connues, une immersion passionnante dans la vie de ces musiciens. Se joue là en fait un peu de la carrière de l’artiste et chanteuse de blues mais surtout l’existence même de l’un de ses musiciens.

Pour interpréter ce personnage féminin à la poigne de fer, la légendaire Gertrude Malissa Nix Pridgett de son vrai nom, alias Ma Rainey, artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues », la remarquable Viola Davis qui apporte une forme d’aisance irrévérencieuse à son personnage haut en couleurs. Il faut savoir que Ma Rainey menait sa carrière tambour battant dans le Chicago des années 20, refusant toute forme d’autorité supérieure, surtout celle de ses producteurs blancs à vrai dire. Une artiste qui a été introduite au Blues Hall of Fame en 1983 et au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland, en 1990, qui pourrait se vanter si elle était toujours là avec nous aujourd’hui d’avoir un timbre de 29 cents à son effigie (édité en 1994 par la Poste américaine) ou bien encore d’être citée par Bob Dylan himself dans sa chanson Tombstone Blues, sur l’album mythique Highway 61 Revisited (1965). Et donc, pour la rendre plus vraie que nature (il faut dire aussi qu’il y a une vraie ressemblance physique naturelle qui accroit l’effet produit), Viola Davis est à son meilleure une fois de plus, livrant une performance assez incroyable et subjugante.

Enfin, face à elle, le regretté Chadwick Boseman dans le rôle de Levee, un trompettiste en quête de reconnaissance, auteur de chansons, charmeur, terriblement naïf mais en même temps si sûr de lui. Face à la diva, son caractère irascible et ses privilèges, Levee est déterminé à se créer une place d’artiste à part entière face aux producteurs blancs. Il a le talent indéniable, de la créativité, sa jeunesse comme atout notoire, du bagou, et une bonne allure… mais son ambition débordante, dont l’insolence n’est que le reflet d’un passé dévastateur, risque de lui jouer des tours dont on ne se remet pas forcément. Le spectateur découvrira également Toledo, un vieil homme feignant la sagesse ; Cutler, un homme de foi particulièrement savoureux dans cette galerie de personnages ; Slow Drag, le plus invisible ; M. Irvin, l’agent de Ma Rainey et un producteur de musique appelé Sturdyvant. Chacun est présent d’une façon quasi symbolique avec une personnalité définie bien visible, définissant une sorte de hiérarchie qui règne entre hommes blancs et hommes noirs dont ils sont clairement esclaves, même si nos deux héros cherchent à s’en défaire sans véritablement y parvenir.

Le blues de Ma Rainey a pourtant aussi l’intelligence de ne pas se focaliser uniquement sur ces injustices, mais il élargit le spectre vers cette fracture interne qui règne entre des personnages appartenant à la même communauté mais n’abordant pas leur douloureuse situation de la même façon. Citoyens de seconde, voire troisième zone de cette société ségrégationniste, les protagonistes principaux se retournent les uns contre les autres sans jamais qu’il ne soit question de s’en prendre au producteur blanc qui s’approprie effrontément la carrière du jeune coq prometteur pour en tirer un maximum de bénéfices.

Le blues de Ma Rainey sur Netflix le 18 décembre, c’est un film coup de poing dont on va entendre beaucoup parler, croyez-moi ! Les deux rôles principaux sont fortement pressentis pour être nommés voire favoris lors de la prochaine cérémonie des Oscars.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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