BEAUX-ARTS

L’École de Paris

Entre 1905 et 1940, Paris a exercé un fort pouvoir d’attraction sur des artistes venus s’y installer, originaires du monde entier et désireux de donner un nouvel essor à leur travail. Le musée d’art et d’histoire du judaïsme (mahJ) leur consacre une exposition jusqu’au 31 octobre.

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Publié le 1 octobre 2021

Auteur : Anne-Marie Balenbois

Que Paris pouvait-il bien représenter pour les artistes au début du siècle dernier ? Un grand espace de liberté et de création ; l’espoir que ce serait l’endroit idéal où confronter ses idées et son talent avec ceux des autres. Le mahJ s’est penché sur cette pépinière en se concentrant sur les artistes juifs, venus particulièrement nombreux à cette époque. D’abord, dissipons un possible malentendu : l’exposition n’est pas consacrée à un art confessionnel, mais explique comment le groupe appelé « école de Paris » s’est créé avec des artistes devenus aussi célèbres que Chagall, Soutine ou Modigliani et d’autres moins connus, voire tombés dans l’oubli mais qui méritent de sortir de l’anonymat.

Découverte de la liberté

Avec les premiers pogroms ou les restrictions d’accès aux universités en Russie sont venues les premières émigrations, mais aussi le désir de fuir des bourgades d’Europe centrale et orientale où la vie paraissait bien étriquée. L’exposition commence par cette découverte émerveillée de Paris et de ces mouvements tout neufs, le fauvisme puis le cubisme qui connaissent un succès foudroyant. Les étrangers s’insèrent avec enthousiasme et apportent leurs visions, comme Sonia Delaunay et ses couleurs. Beaucoup d’entre eux se regroupent dans des communautés d’artistes, dont une des plus célèbres est « la Ruche ». Chagall et Zadkine s’y installent dès 1911, puis Soutine… C’est aussi Montparnasse, autre quartier investi par de futures célébrités, comme Modigliani (juif originaire de Livourne) ou Kisling. Tout ce monde se mélange, s’influence, s’entraide et tâche de survivre. Quand la Première Guerre mondiale éclate, certains s’enfuient pour ne pas combattre pour leurs pays d’origine mais d’autres n’hésitent pas à s’enrôler en France, dans la Légion étrangère pour Kisling ou Dobrinsky.

De l’intégration aux persécutions

Après la guerre, les artistes se lancent avec enthousiasme dans les «années folles». C’est une période de fête et de succès, car la reconnaissance artistique et commerciale arrive enfin et sort nombre d’entre eux de l’anonymat comme de la pauvreté. Mais ce succès arrive en même temps que la montée des nationalismes et d’un nouvel essor de l’antisémitisme. Cela commence dès 1924 avec une présentation des exposants non plus par ordre alphabétique mais par nationalités au Salon des indépendants, pour montrer du doigt tous ces étrangers. En réaction, une certaine conscience juive se développe avec la naissance de plusieurs revues, parfois publiées en yiddish, qui revendiquent une culture populaire tout en poursuivant la recherche de l’avant-garde. 1940 sonne le glas de cette petite société si dynamique. À nouveau, certains s’enrôlent dans l’armée française, d’autres s’enfuient à l’étranger où se cachent en province. Les juifs étrangers restés à Paris seront les premiers à être arrêtés et envoyés en camps d’extermination. L’école de Paris ne retrouvera pas, après la guerre, le rayonnement qu’elle avait connu. Reste le souvenir d’une période riche en talents et expérimentations, qui renaît grâce aux 150 œuvres exposées, enrichies des indispensables panneaux explicatifs.

 

Paris pour école, au mahJ jusqu’au 31 octobre 2021.

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