Les chevaliers blancs

Les chevaliers blancs

L'histoire de "l’Arche de Zoé" sert de trame au dernier film du réalisateur belge Joachim Lafosse. Avec un Vincent Lindon magistral dans le rôle du responsable humanitaire qui veut bien faire mais s'y prend mal.

Un contenu proposé par ArtSpi'in

Publié le 25 janvier 2016

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Jacques Arnault, président de l’ONG humanitaire Move for kids, prépare sa plus grosse opération : ramener trois cents enfants orphelins tchadiens en France afin qu’ils soient adoptés. Mais sur le terrain, les choses se compliquent : la guerre, des difficultés pratiques et des désaccords au sein de l’équipe, les négociations avec les chefs de villages… L’attente s’installe, jusqu’à ce que Jacques décide d’exfiltrer les enfants.

En droit financier, un chevalier blanc est une personne ou un groupe financier qui vient en aide à une entreprise visée par une OPA hostile. Comment ne pas penser aussi à Gérard Lanvin qui, dans sa chanson de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, énonce fièrement « On m’appelle le Chevalier Blanc Yé vé zé yé vole au secours d’innocents ». Finalement, tout cela nous plonge assez bien dans ce que raconte le film de Joachim Lafosse. L’amateurisme, l’irresponsabilité et l’aveuglement de ceux qui voulaient « faire le bien » transparaissent avec force au fur et à mesure du déroulement de l’histoire. On observe une véritable dérive des bons sentiments d’une association prétendant sauver ces enfants « d’une mort certaine ».

Mais il ne s’agit pas non plus d’un procès à charge. Vincent Lindon, magistral dans le rôle du responsable de l’ONG, nous présente en effet un homme plein d’ambiguïtés, à la fois sincère dans sa cause idéaliste de sauver des enfants, mais incapable de percevoir la réalité, englué dans un sentiment de toute-puissance.

Un chef qui ne peut pas perdre la face devant ses troupes, et un homme qui se met à douter de ses convictions et de la légitimité de son action, mais qui demeure néanmoins un voleur d’enfants, mercenaire de l’humanitaire.

Il faut aussi noter la qualité de la photo et plus généralement de tout ce qui donne au désert et à la vie africaine de s’exprimer et de jouer un vrai premier rôle dans cette histoire. Grande justesse du réalisateur qui confirme une fois de plus sa qualité et son regard pertinent sur la complexité humaine et certains enjeux dramatiques de notre société contemporaine.

Si « l’enfer est pavé de bonnes intentions » comme aime le dire le réalisateur belge dans la promo des Chevaliers blancs, puisse ce film nous le rappeler et nous ouvrir les yeux sur les risques de nous croire trop facilement à l’abri.

Découvrez d’autres critiques de films sur le blog ArtSpi’in

Dans la même rubrique...

BAC Nord

Le dernier film de Cédric Jimenez, présenté hors compétition à Cannes en 2021, lève le voile sur les périlleuses conditions d'exercice des brigades anticriminalité dans les quartiers nord de Marseille .

Un contenu proposé par Pro-Fil

The White Lotus… vive les vacances !

Une satire psychologique en 6 épisodes, drôle à souhait, où plane un mystère lui donnant de faux-airs de thriller. Farouchement délicieux !

Un contenu proposé par ArtSpi’in

« Boîte noire », un thriller paranoïaque très efficace

Dans l’air du temps, le film convoque des thématiques contemporaines : terrorisme, sécurité, technologies de surveillance, automatisation…

Un contenu proposé par Les blogs de Vincent Miéville

Les huguenots de Paris et l’avènement de la liberté religieuse (1685-1789)

L'étude de référence de l'historien David Garrioch enfin traduite en français.

Un contenu proposé par Blog de la librairie Jean Calvin

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

ArtSpi’in

Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

Derniers contenus du partenaire

Les dossiers thématiques de Regards protestants