Les deux Papes… pour un grand face à face

Les deux Papes… pour un grand face à face

Deux papes pour deux interprétations magistrales, par un duo d’acteurs « upper-class » : Anthony Hopkins & Jonathan Pryce. Diffusé actuellement sur Netflix.

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Publié le 1 janvier 2020

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Adapté de la pièce The Pope en 2017 écrite par Anthony McCarten qui signe aussi le scénario, Les deux Papes diffusé actuellement sur Netflix, est un vrai face à face écrit comme une sorte de regard imaginatif sur un moment charnière de l’histoire moderne de l’Église catholique. 

Synopsis : 2012. Frustré par la direction de l’Église, le cardinal Bergoglio demande au pape Benoît XVI la permission de démissionner. Au lieu de cela, Benoît XVI convoque son plus sévère critique et futur successeur à Rome afin de lui révéler son intention de quitter ses fonctions. Derrière les murs du Vatican, les deux hommes affrontent leurs valeurs afin de trouver un terrain d’entente pour plus d’un milliard d’adeptes dans le monde.

Le film commence en fait en 2005 lors du conclave papal qui a suivi la mort du pape Jean-Paul II. Bergoglio (Jonathan Pryce) se place en deuxième position derrière le cardinal Ratzinger (Anthony Hopkins) dans une série de quatre scrutins successifs exigeant une majorité des deux tiers des électeurs pour choisir le nouveau pape. Ratzinger accède à la papauté, prenant le nom pontifical de Benoît XVI. C’est à partir de là que le scénario prend sa licence de création pour construire sa vision des choses : plusieurs années après le début de la papauté, l’Église catholique de Benoît XVI est en proie à des scandales et Bergoglio – critique féroce de la direction de Benoît – est sur le point de prendre sa retraite. Lorsque le pontife convoque Bergoglio sous prétexte d’interroger le raisonnement qui sous-tend le désir du cardinal de raccrocher sa robe, il s’avère au contraire que Benoît lui aussi est sur le point de renoncer à son poste. Benoît et son futur successeur entreprennent alors une série de controverses philosophiques et dogmatiques sur la nature de la foi et du pardon, et sur la direction d’une Église qui lutte pour conserver sa pertinence dans le monde moderne.

Le scénario de McCarten équilibre efficacement les moments de légèreté et de tension, tandis que le réalisateur Fernando Meirelles (La Cité de Dieu, The Constant Gardener) conduit talentueusement le film à travers une série de flashbacks sur le passé ministériel de Bergoglio. Mais clairement, Les deux Papes repose sur ses deux héros qui se retrouvent étonnamment positionnés comme les acteurs d’une comédie « de copains mal assortis ». Pryce en particulier offre une performance pleine de charme, faisant apparaître un esprit taquin et incisif qui fonctionne bien au regard de la méfiance stoïque d’Hopkins. Pour sa part, Hopkins transmet à mes yeux (de protestant, je précise là) un portrait très touchant de Benoît XVI qui le rend davantage sympathique par rapport à son image habituelle pour le grand public. Un caractère qui évolue au fur et à mesure du récit, laissant s’exprimer un certain regret de ne jamais s’être vraiment réellement ouvert au monde extérieur (à l’Église), ce qui l’humanise et mine alors les murs émotionnels conservateurs qu’il a construits au fil des décennies.

Il faut évoquer le rapport du scénario à la vérité historique qui a été décriée par certains (et notamment des catholiques, souvent attachés à Ratzinger). McCarten, qui a lui-même écrit le scénario, est un habitué de cette manière d’écrire. En observant ses œuvres précédentes adaptées sur grand écran, comme Bohemian Rhapsody, Les heures sombres ou Une merveilleuse histoire du temps, on peut voir que, dans chacun d’eux, il a offert une révision fonctionnelle des événements réels, en accordant plus d’attention au travail de ses protagonistes, et non pas seulement pour les laisser dans leur gloire personnelle. Dans Les deux Papes, nous retrouvons encore une fois la même chose, avec ici, sans doute, un ton plus léger qu’à son habitude nécessaire dans l’équilibre des instants racontés. C’est aussi, finalement, une possible façon de combler la distance qu’une partie importante de l’audience peut ressentir envers les figures de Benoît XVI et de François, en choisissant de centrer l’axe de l’histoire sur la seconde idéologie, plus progressiste. L’importance d’ailleurs n’est pas ici dans l’exactitude historique, mais plus dans la profondeur et la compréhension du moment historique et, sur ce point, McCarten et Meirelles réussissent parfaitement. Et quand Ratzinger apparaît comme une possible caricature de lui-même (aux dires de spécialistes), c’est parce que c’est bel et bien la perception qu’a de lui l’immense majorité du public. Mais encore une fois, le film libère malgré tout Benoit XVI de la caricature en cheminant dans le scénario avec une vraie délicatesse cinématographique.

Les excellents dialogues et performances d’Hopkins et de Pryce sont les principaux éléments qui sous-tendent le film. Les amateurs de thèmes religieux trouveront sûrement intéressant le contraste entre les deux visions et les raisons pour lesquelles les personnages ont décidé de se consacrer au sacerdoce, ainsi que la façon dont Dieu les a appelés. Et alors que ces hommes très différents échangent, s’affrontent et se pardonnent mutuellement – tour à tour dans un comportement pointilleux ou rusés, opaquement divins et, tout en même temps, tellement ordinaires – le réalisateur parvient avec esprit et humour à démystifier gentiment ce qui demeure, que l’on soit catholique ou non, peut-être le poste le plus puissant et le plus insulaire au monde.

Tous ensemble, Hopkins, Pryce, Meirelles et McCarten élèvent Les deux Papes au-dessus du patchwork de monologues, de flashbacks et de jugements personnels, pour laisser le film descendre jusqu’au plus profond de sa véritable racine : l’évocation du mystère qui rend tous les hommes, même les plus apparemment insaisissables ou sacro-saints, comme de simples et merveilleux humains.

 

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