Histoire

« Les Français de l’an 40 », un océan de leçons collectives

Ce maître-ouvrage de Jean-Louis Crémieux-Brilhac apporte avec finesse des réponses à nos questionnements actuels.

Un contenu proposé par Le blog de Frédérick Casadesus

Publié le 17 avril 2020

Auteur : Frédérick Casadesus

Lire directement l’article sur Le blog de Frédérick Casadesus

Où l’on voit que l’Histoire n’est pas sans ressources…

La bourse aux masques a-t-elle pris fin, sur les tarmacs de Shanghai ou de Pékin ? La France est-elle, à ce point, dépendante, qu’elle doive quémander ? C’est à n’y rien comprendre, à moins de se rappeler la volupté de la cupidité, le délice des chausse-trapes, au fond, l’absurde chez l’Homme. Alors, plutôt que de geindre, on cherche des réponses, et l’on ouvre un livre d’histoire écrit comme un roman d’amour.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac, il y a trente ans déjà, publia Les Français de l’an 40. Ce maître-ouvrage vient de paraître en collection Folio, plus de deux mille pages en deux volumes, un océan de leçons collectives, offertes plus qu’assénées. «A un ami qui me demandait pourquoi ce livre et pourquoi j’avais consacré des années à neuf mois de notre histoire, je n’ai su que répondre, si ce n’est que j’avais du mal à supporter et mal compris notre défaite de 1940» explique l’auteur en incipit.

Il ne s’agit pas d’un récit linéaire. D’un thème à l’autre, Crémieux-Brilhac, dont on souligne qu’il fut l’une des figures de la France Libre, dispose des éléments d’analyse en titre de chapitres : « Face à l’Allemagne, face à la guerre », « Les batailles de l’opinion », « Le moral dans l’armée », « La chute ». Il ne juge pas, même quand il condamne. L’historien de 1990 évite au jeune capitaine qu’il fut les anachronismes, la téléologie. Mais il ne l’empêche pas de crier sa colère. Et c’est ce qui donne au livre sa chair. Les portraits de Daladier, de Marcel Déat, démontrent que la fatalité n’existe pas, qu’en dépit des éléments formidables mis en mouvement par une tragédie commune, chacun possède une responsabilité, bien qu’il n’en maîtrise pas les engrenages. Autant que leur outillage mental, Jean-Louis Crémieux-Brilhac ausculte les frémissements de sensibilité, l’arborescence intime de ses personnages.

A ceux qui croient tout savoir de ce versant de notre Histoire, à ceux qui détournent le regard, espérant vivre les fleurs et les roses, bien à l’abri d’un virus assassin, recommandons la lecture de ce tableau fantastique. En premier lieu, parce qu’il rend justice à nos trois couleurs chaudes, à ce flambeau de tissu qui berce, au fronton des écoles et des mairies, les citoyens de ce pays. «Chez les Crémieux, note joliment l’historien Julien Winock dans la biographie qu’il consacre à notre homme (La documentation Française, 271 p. 9,90 €), la France est chérie, elle est cette nation d’exception, porteuse de liberté et d’émancipation. »

Mais Les Français de l’an 40 est un livre est essentiel aussi pour l’effet de miroir qu’il produit. Bien sûr, il y aurait de l’indécence à déclarer que le printemps 2020 nous ramène à la Débâcle. Confondre une pandémie, fut-elle affreuse et meurtrière, avec le déferlement des Panzers et des Messerschmitt, il y aurait là presque un scandale. Pourtant, l’impréparation, l’indécision des élites françaises face à l’ennemi, le poids de la rumeur et l’émergence de la délation, tout cela n’est pas sans évoquer quelques aspects de notre époque. Au-delà des apparences, autrefois comme aujourd’hui, la multiplicité des opinions contraires, portée jusqu’à l’incandescence, menace de délitement la communauté nationale.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac écrit ceci : « Anatole de Monzie [homme politique français, 1876-1947, NDLR]  relisant peu après l’armistice l’oraison funèbre d’Henriette Marie de France, reine d’Angleterre, où Bossuet brosse un tableau superbe de Cromwell, jetait sur une fiche cette note de style télégraphique : « Bossuet à propos de Cromwell : un homme s’est rencontré ». Pas transposable à 39-40 : un homme ne s’est pas rencontré. » Si un homme s’est rencontré dans l’histoire française de la guerre, ce fut après le désastre. »

Tout le monde n’est pas Charles de Gaulle. Mais il n’est pas interdit d’imaginer qu’un homme,  jeune encore, trouve en lui le ressort de donner du sens à l’histoire. « A chacun de se réinventer, moi le premier », a déclaré le président Macron lundi dernier. Chiche ?

Lire la suite sur Le blog de Frédérick Casadesus

Vous pourriez aimer aussi

Les hommes lents de Laurent Vidal Flammarion

Les hommes lents, Résister à la modernité (XVe-XXe siècle)

En ces temps de confinements, voici un essai de circonstance sur la lenteur paru chez Flammarion.

Un contenu proposé par Blog de la librairie Jean Calvin
Boris Vian par le Studio Harcourt

La minute poétique à l’écoute de Boris Vian

Pour un instant, la minute poétique nous emmène nous évader.

Un contenu proposé par Radio Grille Ouverte
Martin Niemöller, prisonnier personnel de Hitler par Frédéric Rognon Ampelos

Martin Niemöller, prisonnier personnel de Hitler

Ce nouveau livre qui parait aux éditions Ampelos raconte l'histoire édifiante de Martin Niemöller, pasteur et prisonnier politique d'Hitler.

Un contenu proposé par Éditions Ampelos

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Le blog de Frédérick Casadesus

Journaliste à Fréquence Protestante – après avoir travaillé pendant quinze ans pour Réforme – Frédérick Casadesus est aussi l’auteur de livres, notamment Douze protestants qui ont fait la France, aux éditions du Cerf.

Derniers contenus du partenaire

Rejoignez-nous sur Instagram