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L’expédition Lapérouse

Pourquoi l’expédition Lapérouse suscite-t-elle toujours aujourd’hui une telle fascination ?

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Publié le 13 mai 2021

Auteur : Gabrielle Cadier-Rey

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Sans doute, une des raisons en est sa disparition tragique et qui resta mystérieuse pendant de longues années, alimentant bien des hypothèses et légendes. Quel contraste entre la glorieuse mission exploratrice que lui a confiée Louis XVI (et qu’illustre un célèbre tableau à Versailles) et sa fin longtemps inexpliquée. Ne raconte-t-on pas que Louis XVI sur le chemin de l’échafaud aurait demandé : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de Lapérouse ? »

Ce voyage était avant tout une expédition scientifique que le roi géographe souhaitait pour, en quelque sorte, concurrencer les voyages de l’Anglais James Cook. Lapérouse devait aussi cartographier des côtes inconnues. Le voyage a été minutieusement préparé et c’est plus de mille tonnes de matériel qui est embarqué sur chaque vaisseau, La Boussole (commandée par Lapérouse) et l’Astrolabe (commandé par Fleuriot de Langle). On y trouve à la fois pacotille pour des échanges avec les indigènes rencontrés et objets scientifiques les plus perfectionnés et même uniques tant le programme de mesures (notamment astronomiques et géodésiques) demandé par l’Académie des Sciences était ambitieux. Étaient aussi embarqués des animaux vivants, plus pour nourrir l’état-major que l’équipage, truies, volailles, moutons, deux vaches… des paniers d’osier pour recevoir les plantes exotiques à rapporter au Muséum, des moulins pour faire de la farine, du matériel pour réparer si nécessaire les deux frégates, etc…

Le détail de tout ce qui a été embarqué est décrit dans de grands registres aux Archives Nationales. Les officiers ont été choisis en fonction de leur expérience. Plusieurs savants se sont joints, tel le physicien Lamanon, le naturaliste Dufresne, le chirurgien et anthropologue Rollin, des dessinateurs, des botanistes, etc… Le voyage devait durer quatre ans et sa moisson scientifique dépasser ce qu’avait rapporté Cook en ses trois voyages. Ce livre grâce à la précision de son texte, aux cartes, à la diversité de ses illustrations, aux citations extraites du courrier, nous en donne une idée, tout en déplorant évidemment ce qui s’est perdu… Effectivement, grâce aux lettres que Lapérouse envoyait de chaque escale (il écrivait notamment à son ministre et les savants à leurs collègues), grâce aux documents qu’il a confiés au cours de son périple, il nous est possible de suivre l’expédition, jusqu’à l’Australie en janvier 1788.

Départ de Brest le 1er août 1785. Direction le Cap Horn, puis remontée le long de la côte pacifique, après un arrêt mouvementé à l’île de Pâques (où ils ont dû se défendre contre les rapines des indigènes) jusqu’en Alaska. Là un premier drame, le 13 juillet 1786, deux embarcations en exploration chavirent, entraînant la mort de 21 hommes. De là les navires gagnent Monterey en Californie où ils reçoivent le meilleur accueil et peuvent se restaurer avant la traversée du Pacifique. Ils arrivent à Macao le 2 janvier 1787, puis remontent la côte jusqu’à l’extrême- orient russe. Là, Lapérouse dépose son traducteur russe, Barthélemy de Lesseps, âgé de 21 ans. Il lui confie ses livres de bord, cartes et dessins du voyage pour qu’il les apporte à Versailles. B. de Lesseps qui aurait préféré continuer le voyage argue que Lapérouse sera à Versailles avant lui… Il mettra plus de dix-huit mois pour y arriver, le 17 octobre 1788. De là, les deux frégates cinglent tout droit vers le sud, vers l’Australie. Un second drame intervient aux îles Samoa. En allant chercher de l’eau, une escouade de marins est surprise par des indigènes. Douze morts (dont Fleuriot de Langle), des blessés. Reprenant sa route, Lapérouse arrive en Australie, à Botany Bay (aujourd’hui Sydney) le 26 janvier 1788. Il a le plaisir d’y trouver une escadre britannique. Dans cette terre des antipodes, entre Européens, c’est la cordialité des échanges qui domine. L’équipage peut se restaurer, les botanistes herboriser à leur guise, les frégates être remises en état. Mais surtout, un navire anglais devant repartir pour l’Europe le 12 juillet, Lapérouse lui confie son courrier et la dernière partie de son journal de bord. Ce sont là les ultimes nouvelles que l’on a des deux frégates qui, lors d’une tempête, vont être jetées sur les récifs qui bordent une île absente des cartes, Vanikoro aux îles Salomon. Le retour de l’expédition était attendu à l’été 1789. Mais déjà l’inquiétude avait gagne l’opinion publique car plus aucune lettre n’était parvenue. Une première expédition est lancée à la recherche de Lapérouse en 1791 ; elle passe au large de Vanikoro où l’on sait aujourd’hui (grâce à des fouilles) que des survivants s’y étaient installés. Le mystère du naufrage est élucidé par un capitaine anglais, Dillon, qui trouve de nombreux débris du naufrage et les rapporte à Paris (1827-29). Dumont d’Urville, lui, va découvrir l’épave, en février 1828. Depuis, plusieurs expéditions au XIXe et au XXe siècle ont l’une après l’autre, rapporté des vestiges. 1981 est le début d’une immense moisson avec l’entrée en lice de l’Association Salomon, de la Marine nationale et d’archéologues. Aujourd’hui, on trouve ces vestiges dans cinq musées : Paris, Brest, Albi, Nouméa et Sydney.

Au-delà de ces vestiges, ce sont toutes les hypothèses, les légendes et même les rêves qui ont accompagné l’expédition de Lapérouse et qui nous la rendent si proche et si émouvante car « sa mort est le secret des tempêtes » (Chateaubriand).

 

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