Quand un philosophe s’élance en littérature, en dehors de son couloir de course, quel est son résultat ? Méfions-nous des métaphores, elles finissent toutes par trébucher. Réjouissions-nous plutôt que l’académicien Jean-Luc Marion, qui publie La Raison du sport chez Grasset, dévoile un aspect méconnu de sa personnalité. Successeur d’Emmanuel Levinas à la Sorbonne, de Paul Ricœur à l’université de Chicago, de Jean-Marie Lustiger à l’Académie française, tintinophile émérite, il est aussi coureur à pied. Sérieux, pas l’un de ces guignols qui parcourent trois boulevards et deux avenues parce que l’effet jogging, cher à Régis Debray, les oblige à préserver leur santé. Non. Jean-Luc Marion fait partie de ces champions qui savent doser leurs efforts et franchissent la ligne d’arrivée parmi les premiers, frais comme des gardons.

« Pas le temps de décider, paf ! c’est parti. Aussitôt le premier virage. Tiens, cela va moins vite qu’attendu ; ou alors c’est que je suis mieux que prévu, troisième ou quatrième selon les à-coups. Détendu, souple, “Respire bien, contrôle !” Déjà la première ligne droite, encore deux tours complets. » Michel Jazy pour modèle, Marion nous explique, armé de phrases fluides, comment se dépasser. Le cyclisme s’invite au festin de récits : « Le Tour de France ne […]