Tout commence par un viol. Trois types guettent une jeune fille près d’une fontaine, et la meurtrissent. «Tous comprirent ce qui s’était passé », dit le narrateur quand sa petite sœur, en lambeaux, revint à la maison. Le père aussitôt constitua le groupe de la vengeance. Et les trois lascars ont passé ce qui s’appelle un sale quart d’heure. Nous sommes à Manchester, État de New York, à l’approche de 1830. Orrin est celui qui nous parle : de sa famille, ses chevaux, du maïs. « La ville grandissait presque à vue d’œil, et des chariots tirés par des mules arrivaient régulièrement remplis d’un bric-à-brac de meubles, d’outils et de vêtements. Les émigrants parlaient de l’Ouest, racontaient de terribles histoires d’Indiens qui tuaient tout le monde, d’animaux qui avaient dévoré des familles entières, de pionniers qui s’étaient perdus à tout jamais. » Comme toujours, la vérité prend la tangente.

Orrin a pour meilleur ami Joseph. On peut dire ce que l’on veut, mais ce jeune homme et les siens ne prennent pas la prière à la légère. « Chez moi aussi, on disait le bénédicité, mais la famille avait l’air de s’en moquer. Pas chez les Smith, même si le père n’avait pas toujours été aussi pieux. Pilier de […]