Et si Les femmes qui lisent n’étaient pas aussi dangereuses qu’on le dit ? Dans son dernier ouvrage consacré aux représentations de la Vierge tenant un livre à la main lors de l’annonciation, la théologienne, spécialiste du cinéma et des images, Waltraud Verlaguet prend le lecteur à contre-pied. D’une érudition flamboyante, nourrie de culture germanique, elle démontre avec brio que le fait que Marie soit en train de lire ou tienne simplement un livre à la main dans les tableaux ou sur les bas-reliefs, n’est pas extraordinaire en soi ni une incitation faite aux femmes. Au contraire, c’est une manière de permettre son identification avec une élite sociale, celle des femmes nobles de la société médiévale germanique.
Ce n’est pas la présence d’un livre sur un tableau qui doit inciter les femmes à lire mais bien parce que les femmes de condition nobles lisent que Marie doit être ainsi représentée. Ce basculement de notre regard contemporain, car il est courant de penser justement que ces représentations avaient une visée pédagogique et incitative, nous permet de considérer que le féminisme n’est pas forcément là où l’on croit. Au-delà de l’histoire de l’art, c’est la force de l’ouvrage que de nous alerter sur les possibles reculs de l’histoire.
En effet, l’auteure explique comment, au fur et à mesure de la christianisation des pays de culture germanique, c’est la représentation gréco-latine de la femme sacralisée, représentée comme souveraine des cieux à l’image des impératrices byzantines ou en tant que figure maternante comme l’était Isis avec Horus, qui s’est progressivement imposée aux cultures du nord de l’Europe et particulièrement aux sociétés germaniques. Qui […]

