Avec la guerre, rien ne tourne comme on le prévoit. Les prémonitions de 1914 et 1939 – « avec le matériel que nous avons, tout cela va durer trois jours » – on a bien vu ce qu’elles étaient : des vantardises à dormir presque debout. Parfois, tout au contraire, le monde imagine que des mois vont se dérouler avant qu’Athéna aux yeux de chouette prenne parti, et puis tout se règle en trois jours, quelques semaines tout au plus. Alors on dit que c’était un feu de paille, quand bien même des milliers d’êtres humains sont morts. Céline a trouvé le mot juste : « on est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté ». Mais dans cette épouvante, il nous reste les mots : lire, écrire.

Poète et traducteur, Paul Celan (1920-1970) connut l’une de ces destinées que l’Europe a toujours inventées (les abrutis qui demandent l’affirmation d’identités bien figées feraient bien d’en prendre de la graine, pauvres gens qui […]