La foi chrétienne progresse souvent grâce à ceux qui ont perdu les débats. « Une hérésie, c’est une thèse qui, à un moment donné, a prétendu à la vérité. Il y a eu débat, puis elle a été rejetée. » Dans Tous hérétiques ?, Denis Moreau, agrégé de philosophie et professeur à l’université de Nantes, invite à relire l’histoire chrétienne. Le mot hérésie, rappelle-t-il, n’est pas d’abord une insulte. En grec, hairesis signifie « choix », préférence intellectuelle. Une hérésie n’est donc ni une absurdité ni une pathologie de la foi, mais une proposition intellectuelle sérieuse, discutée avant d’être écartée.
« Les hérésies sont les motions minoritaires de l’histoire du christianisme », explique l’auteur, dans une comparaison volontairement désacralisante. Perdre un concile ne signifie pas être stupide : bien souvent, ces débats ont permis de préciser ce que la foi affirme réellement. Le philosophe cultive un humour salutaire. Il évoque les androniciens, persuadés que le haut du corps venait de Dieu et le bas du diable, ou ces moines, les omphalopsychites, qui croyaient voir jaillir la lumière divine en méditant sur leur nombril. « Aujourd’hui encore, beaucoup pensent illuminer le […]
