Tenir un journal revient à vivre une aventure à double fond. L’écrivain se donne à lui-même un rendez-vous – chaque jour ou presque, ce qui justifie le nom qu’il donne à son texte – et prétend dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, raconter ce qu’il a vu, connu, ressenti. Mais, bien sûr, il songe à la postérité. Son courage et sa sincérité se mesurent à cette aune.
Les virtuoses de l’exercice ne sont pas légion dans notre littérature. Au vingtième siècle, deux personnages dominent : André Gide et Julien Green. Tous deux sont homosexuels, tous deux sont protestants de naissance. Mais Green a choisi de devenir catholique. Une différence majeure. La culpabilité le travaille. Pas tant parce qu’il aime les hommes que parce qu’il a quitté son église pour l’Église – comme ils disent. Oh, certes, il ne se l’avoue pas, confesse davantage auprès des prêtres ce que ceux-ci nomment des mauvais penchants – quand on sait ce que l’on sait de nos jours, c’est un comble.
« Restera-t-il si peu d’amour ? »
Mais la lecture du quatrième volume de son journal, qui vient de paraître au éditions Bouquins, montre que sa conversion n’empêche pas Green de conserver son […]
