Messiah : Jésus revient… ou pas

Messiah : Jésus revient… ou pas

Messiah a débarqué le 1er janvier sur Netflix ! Et si Jésus revenait sur Terre aujourd’hui ? Est-ce qu’il unirait les peuples, ou causerait un chaos de masse dans le monde entier ?

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Publié le 9 janvier 2020

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Thriller à fondements spirituels, cette série à suspense en 10 épisodes, à tendance clairement addictive, nous interroge sur notre comportement possible à l’égard d’une arrivée d’un possible Messie dans le contexte géo-politique qui est le nôtre aujourd’hui.

L’histoire se construit autour de l’avènement, dans un Damas assiégé par l’État islamique, d’un jeune homme prêcheur. Il commence à attirer l’attention internationale pour avoir accompli ce qui semble être des miracles, comme vaincre les djihadistes en invoquant une tempête de sable, ou guérir, par imposition des mains, un jeune garçon à Jérusalem sur le mont du Temple victime d’une balle perdue. C’est aussi son message qui interpelle, incitant chacun sans crainte à mettre de côté ses vieilles divisions et à écouter son message de paix, d’amour et d’unité, en incorporant le meilleur de la plupart des principales religions. Ses disciples se multiplient rapidement… Cependant, la CIA (en particulier l’agent Eva Geller – joué par Michelle Monaghan) est sceptique. Peu convaincue qu’il soit notre Sauveur revenu sur Terre, elle le soupçonne d’être un escroc ou un terroriste qui a trouvé une nouvelle façon de provoquer une guerre surtout quand on apprend qu’il conduit un groupe de réfugiés musulmans hors de Damas, jusqu’à la frontière d’Israël. Il y est d’ailleurs arrêté par la police et interrogé par Aviram (Tomer Sisley), un soldat de l’armée israélienne…

C’est le début alors d’une longue et passionnante histoire. Car Messiah est une œuvre puissante, et pleine de belles performances. Elle est le fruit du travail de Michael Petroni (La voleuse de livres) et du couple de producteurs Mark Burnett et Roma Downey (La Bible, AD : La Bible continue). « Nous avons travaillé avec des experts des trois fois monothéistes », souligne son créateur qui a aussi consulté des spécialistes géopolitiques pour rendre la complexité du conflit israélo-palestinien et de la guerre en Syrie.

Et si Jésus-Christ revenait sur Terre aujourd’hui ? Est-ce qu’il unirait les peuples, ou causerait un chaos de masse dans le monde entier ? Messiah pose précisément cette question chargée de sens en la poussant même un peu plus loin encore. Il y a bien entendu les enjeux géo-politiques qui se retrouvent au cœur du scénario (quand on pense que la série sort précisément au moment de tensions extrêmes entre les USA et l’Iran), mais plus globalement aussi avec cette conscience que notre société fonctionne notamment à travers les lentilles de smartphones (extrêmement présents dans la série), les flux Instagram de chacun, et les chaînes infos. L’humanité est-elle en train de vivre la fin des temps ? Ou se laisse-t-elle prendre au plus grand canular jamais réalisé sur Internet ? Nous pouvons probablement tous spéculer, croyants ou non, sur la façon dont un messie des temps modernes serait traité à l’ère des médias sociaux, des fake news et de la théorie du complot.

C’est aussi un questionnement qui devient personnel, quasi intime. Que ferais-je moi-même face à un tel événement ? Et c’est cette dimension individuelle qui jaillit au cœur du scénario. Messiah raconte l’histoire d’Al-Masih au-travers multiples perspectives. Dans toutes ces intrigues, chaque personnage de la série vit une sorte de voyage, et c’est là que la série brille. Les récits s’entremêlent de façon assez fluide. Nous faut-il alors choisir un camp ? La série est très convaincante par le fait qu’elle ne vous dit pas quoi croire d’une façon ou d’une autre, et laisse le spectateur se faire sa propre opinion. Il y a certainement assez de preuves pour faire valoir un argument dans un sens ou dans l’autre, selon la façon dont vous interprétez l’histoire.  Les supposés miracles d’Al-Masih sont-ils réels ? Sont-ils des illusions élaborées ? Le passé de cet homme est-il la raison de son comportement actuel, ou simplement une note de bas de page sur la voie d’un avenir différent ? Et est-ce important qu’il soit ou non celui qu’il dit être, si sa présence change la vie des gens pour de bon ? Messiah encadre son histoire à travers l’expérience de plusieurs personnages secondaires : Un agent de la CIA déterminé à prouver qu’Al-Masih est un terroriste qui cherche à perturber l’ordre politique mondial, un soldat israélien confronté à son passé, un réfugié palestinien qui est l’un de ses premiers disciples, un pasteur perdu qui trouve un nouveau but en sa présence, une adolescente désillusionnée qui devient un miracle vivant… « Ce que je trouve vraiment intéressant dans cette histoire, c’est que tous les personnages sont à la recherche de quelque chose », a déclaré l’actrice Michelle Monaghan. Ces personnages sont tous des gens à la fois normaux, imparfaits, brisés de diverses façons, qui cherchent sans doute à combler un manque béant dans leur propre vie. Tous produits de leur propre forme d’isolement ; tous, en grave besoin de connexion. Il est alors logique qu’ils soient attirés par un homme comme Al-Masih, pour le meilleur et pour le pire. On peut penser d’ailleurs que même si la question centrale de la série, à savoir qui est véritablement cet homme (une seconde venue de Jésus, un messager de Dieu plus généralement, ou un malade mental aux prises avec un pathologie mystique), la véritable histoire concerne finalement la façon dont des gens ordinaires réagissent à la possibilité du divin dans leur vie. À l’idée d’un amour qui les embrasse et leur pardonne quoi qu’ils aient fait, au rappel que la vie d’une personne n’a pas besoin d’être définie pour toujours par les pires erreurs qu’elle a commises. À la possibilité qu’un autre type de vie – une vie qui a un sens, où les miracles pourraient être réels, soit possible.

Pour certains, cela signifie déraciner leur vie et partir à la poursuite de cet étranger qui fascine. Pour d’autres, cela passe par un rejet de presque tout ce en quoi ils ont cru jusqu’à présent. Anna, femme de pasteur, ne trouve aucune paix dans l’arrivée potentielle de la fin des temps qu’elle a théoriquement passé sa vie à préparer. Sa fille, Rebecca, trouve une raison de rester au contraire dans la petite ville qu’elle a toujours voulu quitter. Même le président des États-Unis finit par se demander pourquoi il a été mis sur Terre… Sans oublier cette phrase signée Oprah qui revient plusieurs fois, « On devient ce que l’on croit », comme un mantra ou plutôt un message subliminal qui accompagne notre réflexion… Toutes ces questions et le scénario sont réfléchis et convaincants, et Mehdi Dehbi (dans le rôle d’Al-Mashi) fait tout à fait le job en livrant une prestation « magnétique », même s’il m’a fallu 3 épisodes pour arriver à cette affirmation (son personnage s’épaississant au fur et à mesure que les épisodes s’égrènent). L’acteur marche sur une ligne étroite entre l’élu et le charlatan, réussissant adroitement à provoquer de nombreuses occasions tout au long de la série, et jusqu’à la fin ultime de la saison (sans rien dévoiler de plus), qui vous feront vaciller sur le fait de savoir si vous pensez qu’il est un monstre ou un sauveur.

Messiah est pour moi une série pleine d’intelligence grâce à une profonde pertinence d’écriture. Une jolie audace de Netflix avec cette thématique si particulière et aisément controversée, qui sort des sentiers battus et offre là un programme bien interprété et réalisé, à la fois captivant et extrêmement interpellant.

 

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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