Le contrebassiste légendaire Ron Carter signe avec Sweet, Sweet Spirit un projet qui n’est pas seulement une curiosité discographique mais une véritable déclaration de foi musicale. Aux côtés du chef de chœur et icône du gospel Ricky Dillard, il propose une fusion inédite de jazz et de chant spirituel qui dépasse les frontières esthétiques pour toucher à l’universel. 

Sorti le 6 février dernier par Motown Gospel et Blue Note Records, l’album, disponible aussi sur toutes les plateformes musicales, revisite dix cantiques traditionnels qui ont nourri la vie spirituelle de Carter dès son enfance au sein de son Église de Detroit. Cette genèse personnelle est au cœur de l’œuvre : les hymnes ont d’abord été arrangés par Carter pour sa mère malade, qui souhaitait les entendre dans ses derniers jours – un geste d’amour et de mémoire qui infuse chaque note du disque. 

Deux géants, deux héritages

Figure tutélaire du jazz moderne, Ron Carter est l’un des contrebassistes les plus enregistrés de l’histoire, célèbre notamment pour son passage au sein du second quintette de Miles Davis dans les années 1960. Son jeu, à la fois précis, chantant et profondément ancré dans la tradition afro-américaine, a marqué des générations de musiciens. À ses côtés, Ricky Dillard, figure majeure du gospel contemporain et fondateur des New G, incarne une autre branche de cet héritage musical, celle de l’Église et de la louange collective. La rencontre de ces deux artistes réunit ainsi deux sources d’un même fleuve : le jazz et le gospel, liberté et ferveur, improvisation et proclamation.

Ce qui surprend d’emblée dans Sweet, Sweet Spirit, c’est l’énergie collective et la vitalité des interprétations. Là où l’on aurait pu s’attendre à une méditation lente et introspective, la musique s’élève plutôt comme un chant de joie et d’espérance. Des morceaux comme “Open My Eyes” ou “Everybody Will Be Happy” débordent de mouvement, de claquements de mains, de chœurs en pleine force, comme si l’auditeur était pleinement plongé au cœur d’un service de louange. Cet album est clairement majestueux, doté d’une puissance gospel qui, par moments, éclipse presque le rôle du jazz pour faire du chœur l’instrument central du projet. Carter, quant à lui, agit en narrateur discret mais essentiel, sa ligne de basse, toujours élégante et profonde, unifiant les textures vocales et instrumentales. 

Jazz et gospel : une synthèse naturelle

Cette cohésion entre jazz et gospel, loin d’être artificielle, apparaît comme une synthèse naturelle de deux traditions névralgiques de la musique afro-américaine, toutes deux enracinées dans la quête de sens et la célébration de la vie. Le jazz, avec sa liberté, son langage improvisé et sa richesse harmonique ; le gospel, avec sa foi collective et ses paroles de consolation et de victoire. Ensemble, ils dessinent un paysage sonore qui invite autant à la louange qu’à la réflexion. 

Plus qu’un simple album, Sweet, Sweet Spirit est une méditation incarnée sur la mémoire, la communauté et la gratitude. Il s’adresse non seulement aux amateurs de jazz ou de gospel mais à quiconque cherche une expérience spirituelle profonde où la musique n’est pas simple ornement mais porteuse d’Évangile et vectrice de lien social. 

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