Nom d'une pipe !

Nom d’une pipe !

Jusqu’au 2 janvier, le Centre Pompidou à Paris propose une exceptionnelle rétrospective consacrée au peintre belge René Magritte, réunissant une centaine de ses chefs-d’œuvre et intitulée « Magritte, la trahison des images ».

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Publié le 21 octobre 2016

Auteur : Jean-Luc Gadreau

L’exposition propose une approche à ce jour inédite de l’œuvre de l’artiste belge René Magritte. Rassemblant les œuvres emblématiques, comme d’autres peu connues de l’artiste, provenant des plus importantes collections publiques et privées, l’exposition offre une lecture renouvelée de l’une des figures magistrales de l’art moderne.

René Magritte souvent qualifié de peintre surréaliste est sans doute un artiste un peu à part. Cette rétrospective magistrale parisienne nous permet d’entrer dans le mystère du personnage. Le titre même de l’exposition permet de percevoir une forme de technique particulière du peintre visant à questionner le passant. Chaque tableau interroge et devient une forme d’énigme à déchiffrer avec en même temps une efficacité redoutable pour produire un impact saisissant. Des œuvres qui ainsi s’adressent à tous à tel point que beaucoup d’entre elles ont été reproduites en posters. Et on les retrouve aussi bien dans des salles d’attente de médecins, des chambres d’ados que dans des salles à manger de bien des générations. « C’est un artiste à la fois très grand public et très conceptuel, sophistiqué », fait remarquer Didier Ottinger, commissaire de l’exposition.

Magritte s’adresse donc à l’esprit tout en provoquant des émotions. Il adopte donc une langue simple et visuelle. Il fusionne langage et image, ce qui, pour beaucoup, pourrait être une forme d’injure à un art majeur… laissant ce genre de procédés à un niveau inférieur que serait la communication, ou la publicité. Pas étonnant d’ailleurs que Magritte ait été tant « pillé » dans la pub. Sorte de « peintre de la matière grise », il réconcilie l’œil et l’esprit, les mots et les choses. En cela, bien qu’il soit généralement qualifié de surréaliste, il s’oppose pourtant à eux.

Aller à Beaubourg, rencontrer l’œuvre de Magritte, peut ressembler à un travail éducatif. Nombre de ses œuvres illustrent les difficultés de la communication, sa diversité et ses richesses. Une façon alors de nous initier à la compréhension de l’image, à la lecture de l’invisible et du visible. Et tout cela est extrêmement contemporain, actuel, dans une société où cette capacité d’analyse devient tellement indispensable. Dans la vie quotidienne, nous n’avons que rarement conscience du niveau de regard que nous portons sur ce que nous vivons, ou voyons. Et Magritte interpelle précisément sur cette question fondamentale. En même temps, il n’explique rien totalement, il peint tout simplement mais en nous devançant, en étant, en quelque sorte, porteur d’un art prophétique.

Au final, les images sont-elles donc d’affreuses traîtresses, comme le suggère le titre de l’exposition ? Oui et non, bien entendu, et rien n’est résolu. Soyons clair, malgré tout, Magritte n’a finalement pas résolu les contradictions et c’est tant mieux. Iconophiles contre iconoclastes – un problème très protestant par ailleurs – il livre une « machine à pensée fumante » et une peinture diablement dialectique, que l’on regarde toujours avec beaucoup d’intérêt et d’admiration.

Et à propos de fumée, comment ne pas évoquer la fameuse pipe de Magritte qui ne l’est pas… mais quand même un peu… et qui revient d’ailleurs comme une sorte d’objet fétiche pour le peintre. Si l’on devait donner une définition à sa pipe, on pourrait la comparer à la raison. Elle génère de la fumée mais pas seulement. Elle produit aussi de la lumière et elle est l’outil du bon sens, tellement à l’image de l’apport de Magritte à la culture contemporaine.

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