Le propos de ce film est audacieux et passionnant : Francesca Comencini y parle sans doute de son passé, mais elle en reforge la matière, elle rajoute, elle élimine, elle grossit, elle passe par les chemins du rêve, du fantasme et du cinéma, tout en limitant sa nombreuse famille à son seul père, bref elle construit une bulle cinématographique où elle se retrouve seule avec Luigi. Au fond, elle aurait pu titrer son film : « mon père et moi ». Ou encore « Lettre au père »

Car son film est une lettre au père, comme le texte de Kafka, c’est-à-dire un regard d’une extrême lucidité sur cet homme, tout de douceur et de fer, trop fort pour elle, qui l’a conduite jusqu’au cinéma. Une lettre au père en trois chapitres.

Le premier est celui de l’enfance, que Francesca Comencini traite en longues séquences ciselées, martelant en orfèvre le bronze de l’effigie. Comment y apparaît Luigi ? Présent, aimant, protecteur, sécurisant, possessif, directif, bref, il est partout. Il « est trop ». Il est un magicien puissant qui va enfermer sa fille dans son château enchanté : le cinéma. Voyez cette scène où il mêle sa fille au tournage de Pinocchio, en fait une figurante, et lui dit : « Quand je te dirai « Action ! », tu sautes ! » Et elle saute. Elle saute dans le cinéma. Pour longtemps. Elle ne le sait pas encore.

Le second est celui de l’adolescence : drogue et rébellion. Foin cette fois du récit soigneusement construit, mais une succession de séquences brèves, hachées, haletantes, violentes, douloureuses, découpant le film en autant de tranches fines, servies brûlantes. Tout va mal entre le père et la fille. Francesca se découvre […]