Remember me… aussi longtemps que je vivrai
Cinéma

Remember me… aussi longtemps que je vivrai

Le réalisateur espagnol Martín Rosete, revient avec une histoire sur la vieillesse, les souvenirs, la maladie et l’amour. Et nous offre un tendre et beau moment où nos émotions sont agréablement secouées.

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Publié le 9 septembre 2020

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Avec un casting de premier choix dans lequel, une fois de plus, émerge si brillamment le fabuleux Bruce Dern.

Claude est septuagénaire, veuf et critique de cinéma et théâtre. Il apprend que l’amour de sa vie, Lily, célèbre actrice française, a été admise dans une maison spécialisée dans le traitement d’Alzheimer en Californie. Il ne l’a pas vue depuis 30 ans. Avec la complicité de son vieil ami Shane il se fait admettre dans le même service que Lily. Il a conçu le projet fou de lui faire retrouver la mémoire grâce à sa présence, son amour intact et leurs souvenirs. Car Claude croit en cette lueur éternelle d’un esprit sans souvenirs, cet « Éclat éternel de l’esprit immaculé ! » dont parle le poème d’Alexander Pope.

Martín Rosete fait partie de ces jeunes cinéastes espagnol qui, installés à Los Angeles, luttent pour faire décoller des projets des deux côtés de l’Atlantique. Il a essayé de le faire avec son premier long métrage, Money, un thriller mettant en vedette des acteurs américains, et il réitère l’expérience avec son second, Remember Me, avec un scénario de Rafa Russo. Tourné entre l’Europe et l’Amérique, il s’offre une distribution internationale remarquable avec, en tête de liste, Bruce Dern, le comédien de 83 ans, qui n’en finit pas de tourner et de valoriser les projets dans lesquels il s’inscrit. Pour un film qui parle de souvenirs, voilà bien un acteur qu’on ne pourra oublier après ses innombrables apparitions dans des œuvres mémorables comme Le Retour de Hal Ashby, Complot de famille d’Hitchcock, Nebraska d’Alexander Payne ou trois longs métrages de Quentin Tarantino : Les Huits SalopardsDjango Unchained et le récent Once Upon a Time… Hollywood. 

La force de Remember Me réside en effet en grande partie dans la force des personnages. Bien sûr donc, Bruce Dern, qui met tout son cœur à donner une magnifique performance, construisant un Claude qui, malgré les années et les hauts et les bas de la vie, conserve la passion de la jeunesse, mais aussi tout le reste de l’équipe. Car si l’histoire d’amour de Claude et Lillian est le thème central, les histoires parallèles qui s’ouvrent tout autour sont tout aussi intéressantes. Comme la relation avec leur petite-fille ou l’amitié avec Brian Cox qui apporte aussi son merveilleux talent et permet quelques moments savoureux ou ces deux géants s’amusent et nous amusent avec charme et brio. Ils forment tout deux un couple étrange qui se vénère, se critique, se supporte et où, tout simplement, les deux ont besoin l’un de l’autre. Dans ces séquences, afin de souligner le sarcasme, le réalisateur laisse la caméra parfaitement immobile, dans l’attente et la réceptivité, faisant confiance naturellement au talent de ces deux acteurs qui prennent pleinement plaisir à se livrer à ce jeu de camaraderie. Ces moments de complicité entre Cox et Dern sont comparables à ceux que Michael Douglas et Alan Arkin nous proposent dans La Méthode Kominsky. 

Pour revenir au cœur de l’histoire, Remember Me est une histoire d’amour héroïque entre deux personnes d’un âge dit avancé, un amour qui se bat contre l’inéluctable. Mais c’est aussi une belle comédie où l’on rit beaucoup… un rire attendrit, bienveillant qui fait terriblement du bien à l’âme. Bien qu’il raconte ce qui a déjà été vu tant de fois, le film évite le superflu et garde une fraîcheur intacte grâce notamment à une magnifique distribution. Alors oui, l’originalité du film n’est pas franchement dans le scénario, tombant forcément parfois dans certains lieux communs ou flirtant avec les vestiges d’autres œuvres emblématiques saupoudrés d’une certaine sentimentalité. La chanson « Oh My Darling, Clementine » n’est-elle pas ainsi un clin d’œil au classique de Gondry ? La maladie et le recours à la formule épistolaire ne renvoient-ils pas inévitablement à Cassavetes ? Mais Martin Rosete résiste à tout ce qui aurait pu conduire son travail à une certaine désolation et livre ce qui peut s’avérer finalement être un très beau moment pour tous ceux qui croient aux « ravages » du grand amour et, pour les plus méfiants, une occasion unique de voir Bruce Dern et Brian Cox  se recommander des médicaments pour leurs multiples douleurs et maladies.

En regardant Remember Me me reviennent à la mémoire ces mots extraits d’un texte clé du Nouveau Testament : « L’amour pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’amour ne meurt jamais ». Des paroles qui prennent un sens tout particulier lorsque cet amour se fracasse contre une maladie aussi terrible que la maladie d’Alzheimer, celle qui vous prive de ce que vous avez été et de ce que vous êtes ; de votre mémoire et… en bref, de vous-même. Parce que les êtres humains sont faits de souvenirs. Des moments et des expériences vécues. Toute une série de sentiments et d’émotions que la maladie d’Alzheimer tente d’effacer d’un seul coup. C’est de tout ça qu’il est question ici… avec délicatesse et savoir-faire.

Martin Rosete capture à l’écran une histoire pleine d’authenticité, qui ne cherche pas à être ce qu’elle n’est pas, et surtout d’une grande émotion. Ce n’était pas une tâche facile, et bien à mon goût… il a réussi.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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