Romance

« Sylvie’s Love »… un amour extraordinaire

Au son du jazz traditionnel, cette romance au style vintage, met en vedette Tessa Thompson et Nnamdi Asomugha dans le rôle d’amoureux qui se cherchent et peinent à se trouver.

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Publié le 1 janvier 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

À la fois classique, brillant et empreint de sensualité, Sylvie’s Love ou Pour l’amour de Sylvie, sur Amazon Prime, du scénariste et réalisateur Eugene Ashe – ancien artiste du label Epic/550 au sein de Sony Music avec son groupe R&B Funky Poets – est une bien agréable proposition pour cette fin d’année ou pour débuter la nouvelle. Au son du jazz traditionnel, cette romance au style vintage, met en vedette Tessa Thompson et Nnamdi Asomugha dans le rôle d’amoureux qui se cherchent et peinent à se trouver, et dont l’aventure s’étend de la fin des années 50 au début des années 60. Une occasion de s’immerger dans l’Amérique noire de cette époque, avec ce genre de film qui vous fait chaud au cœur.

Sylvie’s Love raconte l’histoire de Sylvie Parker et Robert Halloway, à la fin des années 50. La première est issue d’une bonne famille, et travaille en tant que disquaire dans la boutique de son père. Passionnée de télévision, elle rêve en secret de devenir productrice dans ce milieu émergent. C’est à ce moment qu’elle fera la rencontre fortuite de Robert, un élégant saxophoniste débarquant à New York avec son groupe de jazz, dans l’espoir de se faire un nom dans le milieu musical. Après une romance estivale, les deux tourtereaux doivent se quitter. Ils se retrouvent des années plus tard et constatent que les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre n’ont pas changé…

Avouons-le… un peu de romantisme dans ce monde pandémique où la distanciation sociale s’est incrustée et où un simple regard devient parfois inquiétant… eh bien ça ne fait pas de mal et même plus encore ! Surtout s’il est offert avec charme, intelligence et savoir-faire. Car dans Sylvie’s love, chaque élément est digne de pâmoison, de la partition luxuriante de Fabrice Lecomte et des magnifiques costumes de Phoenix Mellow aux performances lumineuses d’Asomugha et de Thompson en passant par l’exquise cinématographie de Declan Quinn qui parvient à reproduire le grain caractéristique des pellicules 16mm d’époque. Sans oublier évidemment le bon goût de Ashe dans l’écriture du scénario et sa façon habile d’aborder cette histoire dans le Harlem du milieu du XXème siècle où les inégalités raciales se confrontent inévitablement, mais en restant focus sur l’histoire de ses deux protagonistes et en suggérant simplement et avec réalisme les conditions qui les entourent.

Il y a de vrais moments délicieux, qui rappellent notamment un bon vieux film avec Hepburn et Tracy. On ne peut pas sous-estimer le fait que les performances de Thompson et d’Asomugha sont sensationnelles, mais c’est vraiment Tessa Thompson (Creed, Thor Ragnarok, Westworld) qui brille tout particulièrement dans son rôle de Sylvie. Il y a quelque chose d’extrêmement juste en elle. Tout lui va bien, de sa garde-robe de l’époque, aux coiffures et aux décors impeccables des studios de télévision. Et son personnage est en plus très intéressant, celui d’une jeune femme qui n’est pas un simple faire-valoir romantique prête à minauder face aux beaux yeux du héros musicien qui s’avère être aussi fragile. Son personnage est au contraire fouillé et d’une réelle épaisseur sociétale. Elle présente un autre genre de figures féminines d’époque habituellement cantonnées à rester au foyer. Et si Sylvie est une amoureuse, elle s’épanouit néanmoins autrement qu’uniquement dans l’amour et le regard qu’on lui porte. C’est l’histoire aussi d’une émancipation professionnelle moderne qui se raconte au fil de l’histoire, sans nulle trahison aucune au contexte du film, devenant par là-même un élément constructif de l’arc narratif, tout autant que sa relation avec Robert Halloway. Car l’alchimie de nos deux héros, ensemble, est brûlante, mais séparément, ils transmettent à la fois le désir de leur amour perdu et le besoin intrinsèque de créer qui nourrit leurs ambitions. C’est ainsi aussi une histoire de passions, celle de l’amour mais aussi de choses ESSENTIELLES à la vie… la musique, la culture. Et cette passion est celle qui transpire des personnages, de leurs choix, de leurs existences, mais tout autant de ce qui les raconte, les révèle à l’image, les accompagne dans le son. Tiens justement, en parlant de son. Pas tout à fait une comédie musicale, Sylvie’s Love est néanmoins imprégnée de musique, de Mingus, Monk à Coltrane, et comme vous pouvez l’imaginer, de la part d’un ancien musicien professionnel comme Ashe, les choix musicaux sont irréprochables. Quel bonheur de réentendre Charlie Parker, Sam Cooke, Sarah Vaughan, Bill Haley and His Comets, Louis Armstrong, Nancy Wilson, The Drifters, Doris Day… ou encore les réadaptations somptueuses de Fabrice Lecomte comme celle, en français peuchère, de B-Loved. Passionnant une fois de plus tout ça.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré passer près de deux heures avec ces personnages. Ma seule déception est que je n’ai pas eu l’occasion de voir les couleurs luxuriantes, la belle conception de l’éclairage et la merveilleuse cinématographie sur grand écran, comme certains privilégiés avaient pu lors de la première mondiale au dernier Festival de Sundance où le film avait été projeté le 27 janvier 2020. Quoi qu’il en soit, ce charmant film devrait être sur la liste de tous les spectateurs (qui ont accès à PrimeVideo) en cette période de fêtes, car il nous rappelle la magie du cinéma dans cette période où nous en sommes si tristement privés, et ça, c’est essentiel ou, comme le dit magnifique Sylvie, extraordinaire !

Allez… See you later alligator 😉

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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