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The Last Hillbilly… une autre Amérique

En un peu plus d’une heure The Last Hillbilly, qui sort ce 9 juin sur les écrans, trace poétiquement les contours du portrait d'un homme du Kentucky et de sa communauté.

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Publié le 9 juin 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Dans la culture populaire américaine d’aujourd’hui, le terme « hillbilly » (que l’on pourrait traduire par « bouseux », « péquenauds ») est souvent utilisé pour décrire une personne peu sophistiquée, pauvre et originaire de la campagne. Peut-être même un peu arriéré. Pourtant, à l’origine, ce terme désignait simplement une personne originaire des Appalaches (sud) ou des Ozarks. La perception de ce groupe a évolué, passant de l’image du pionnier indépendant, grand homme de la frontière américaine, à celle d’un groupe fustigé pour son manque d’éducation, sa violence et son indiscipline.

C’est au cœur des montagnes du Kentucky que résident Brian Ritchie et sa famille, dont des générations ont vécu et travaillé dans les Appalaches. Il a une conscience aiguë des stéréotypes attribués aux « hillbillies » et de la façon dont il est perçu par la société. Il n’est peut-être pas, comme il le dit lui-même, le dernier hillbilly, mais il est probablement le premier que vous entendrez réfléchir au sens profond de cette étiquette.

The Last Hillbilly est le premier long métrage réalisé en collaboration par le duo français Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe, déjà remarqués pour leurs moyens métrages documentaires respectifs, I Remember Nothing et Memories of Gehenna. Ce film intégrait la sélection 2020 ACID de Cannes et bien que la nature impressionniste et fragmentée du film puisse quelque peu limiter ses perspectives, il séduira sans aucun doute les spectateurs réceptifs aux documentaires qui allient ces parfums de nature, d’aventure et le goût du portrait sans fard ainsi que tous ceux qui ont une certaine tendresse pour l’Americana contemporaine au grain dur. Il faut dire aussi que la représentation que le film donne de ses personnages et thématiques suscite un sentiment de proximité empathique.

La voix de Brian accompagne une bonne partie du film, sa poésie, son flow façon slam et ses réflexions sur son passé et son identité constituant le fil conducteur du récit. L’une de ses motivations est donc de remettre en question les stéréotypes liés à l’épithète « hillbilly » – l’idée que les gens comme lui sont, comme il le dit, ignorants, non éduqués, pauvres, violents, racistes, consanguins et responsables de l’ascension de Donald Trump. L’image est bloquée dans les années 30, dit-il – mais il ajoute ironiquement, « et tout cela est vrai ».

Tourné en format académique – avec des images plus petites sur un fond noir au début – le film offre une superbe mosaïque d’images de la région où vit Ritchie, longtemps remarquable pour son charbon. Le film se découpe en trois chapitres, intitulés Under the Family Tree, The Waste Land et Land of Tomorrow – ce dernier étant censé être la signification iroquoise de « Kentucky », même si Brian note qu’aujourd’hui l’État « n’a pas vraiment d’avenir ». Et l’on comprend que si l’essor et le déclin de cette culture sont étroitement liés aux mines de charbon, les enjeux dépassent largement les simples considérations économiques.

Le film est structuré comme un assemblage d’épisodes, de moments et d’images frappantes : parmi elles, le retrait d’un veau mort d’un étang ; une digression sur le nettoyage des trophées de chasse ; deux jeunes filles, Carolina et Katie, qui tuent le temps en faisant des tours de manège sur un véhicule de ferme ; ou un jeune garçon, Austin, qui chante de façon surréaliste une chanson funèbre pour un poisson mort. Dans une scène fascinante, autour d’un feu de camp, Brian fait un discours plein d’émotion et de nostalgie à sa famille sur la façon dont les choses ont changé depuis sa jeunesse. Ce que les enfants aiment, « tous ces trucs de merde » liés le plus souvent à la technologie, ne sont que des phénomènes entièrement nouveaux qui ne dureront pas et qui emprisonnent. « Je suis le dernier enfant libre d’Amérique » se défend-il alors… Cette séquence est fabuleusement filmée par Thomas Jenkoe, les flammes se combinant à une autre source de lumière pour produire un effet fascinant. L’accompagnement musical « atmosphérique » est assuré par Jay Gambit, dont la partition est composée de sons de cloches inquiétants, de saxophones tourbillonnants, d’instruments des Appalaches et de sons miniers échantillonnés.

Alors qu’il transmet son savoir à une nouvelle génération, The Last Hillbilly est un instantané nostalgique d’un lieu dans le temps. Le tout sur une toile de fond magnifique.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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