Truth be told… rien que la vérité ?
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Truth be told… rien que la vérité ?

Apple continue de déployer des séries originales pour sa plateforme TV+. Avec Truth be told Octavia Spencer et Aaron Paul se retrouvent dans une quête médiatique et judiciaire.

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Publié le 8 février 2020

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Il y a souvent un fossé profond entre les faits présentés dans une salle d’audience et le récit des mêmes événements par les médias. Un procès a des règles sur ce qui est admissible et sur la façon dont une histoire peut être construite cherchant normalement les faits… rien que les faits. Le récit médiatique peut, par contre, concocter n’importe quel récit librement et transformer un crime banal en un récit extravagant. Si la France n’a pas été trop touchée par ces émissions tv ou radio se construisant sur cette technique du récit criminel, les États-Unis ont eu moult programmes façon podcasts comme Serial ou shows-tv comme Making of a Murderer, avec d’énorme succès d’audience, en particulier dans les années 2010, ce qui a généré un vrai débat sociétal : est-ce du journalisme ou du sensationnalisme ? La série Truth Be Told d’Apple TV+ surfe sur cette vague en cherchant à révéler non seulement le récit d’un crime mais aussi les motivations du podcasteur (de la podcasteuse en l’occurrence) qui le raconte et finit par jouer un rôle déterminant dans son traitement.

La journaliste lauréate du Pulitzer devenue podcasteuse, Poppy Parnell (Octavia Spencer), s’est fait connaître en dressant le profil de Warren Cave (Aaron Paul), un adolescent condamné à perpétuité pour le meurtre du professeur de Stanford, Chuck Buhrman. Sa couverture du jugement à influencé clairement la peine de Cave, le faisant juger comme un adulte. Mais 19 plus tard après la publication d’une vidéo laissant penser que la témoin clé, Lanie Buhrman (Lizzy Caplan, qui joue également le rôle de sa sœur jumelle Josie), a pu être manipulée, elle commence à se demander si elle n’a pas aidé à mettre un homme innocent derrière les barreaux. Poppy est donc tellement accablée par son influence sur le procès qu’elle rouvre l’affaire pour une série de nouveaux podcasts.

Dans le premier épisode de la série, la scénariste Nichelle Tramble Spellman s’efforce d’intégrer de nombreuses intrigues secondaires dans ses 45 minutes introductives. Nous découvrons bien sûr Parnell et l’affaire de meurtre qui l’a rendue célèbre. Nous apprenons également que Poppy et son mari sont récemment revenus dans la région après 20 ans passés à New York, que la mère de Cave (Elizabeth Perkins) a un cancer du sein, que la vie bourgeoise de Poppy contraste fortement avec sa famille, que le père de Poppy semble souffrir de démence et que Cave est devenue membre de la Fraternité aryenne alors qu’il est en prison. Et également que Josie Buhrman s’est cachée et évite tout contact avec sa sœur jumelle Lanie.  Cela donne vraiment au premier épisode l’allure d’un pilote, qui essaie de nous lancer sur diverses pistes qui seront explorées au cours de la série. Heureusement, les épisodes suivants réduisent le champ de vision de chaque épisode à un niveau plus gérable, et à mesure que la série se concentre, elle devient de plus en plus captivante. En dépit de l’aspect dramatique de la série, le cœur de Truth Be Told est véritable feuilleton criminel, plein d’intrigues familiales, d’anciens amants et de squelettes dans les placards. Et, comme tout bon feuilleton, le cliffhanger de chaque fin d’épisode fonctionne parfaitement pour vous donner envie d’en savoir toujours plus. À cela, ajoutez quelques aspects sociaux et raciaux qui apportent un peu de peps, comme cette question de fond : En tant que femme noire, Poppy peut-elle défendre un homme qui fait maintenant partie de la Fraternité Aryenne ?

Une chouette série policière qui montre habilement que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent… et que le traitement de l’information dans le monde médiatique d’aujourd’hui mérite de savoir prendre du recul afin de ne pas être soi-même manipulé. Une série qui ouvre également avec une certaine habilitée, en particulier dans son ultime épisode, à la double question de la vérité et de la justice… Peut-on choisir l’une plus que l’autre ? Les deux peuvent-elles parfois s’opposer ? Et faut-il toujours finalement dire cette fameuse vérité ?… Un dernier épisode en tout cas plein de rebondissements qui conclut avec beauté Truth be told.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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