Unorthodox… libre, enfin libre !
Série

Unorthodox… libre, enfin libre !

Unorthodox, une vraie perle fraîchement débarquée sur Netflix, est une mini-série en quatre parties sur l'émancipation d'une jeune fille qui quitte sa communauté juive orthodoxe.

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Publié le 30 mars 2020

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Unorthodox, une vraie perle fraîchement débarquée sur Netflix, est librement adapté par Anna Winger, co-créatrice de Deutschland 83, à partir du récit autobiographique de Deborah Feldman de 2012, Unorthodox : Le rejet scandaleux de mes racines hassidiques. Dans cette mini-série en quatre parties, Esther « Esty » Shapiro quitte la communauté parce que, comme elle le dit à un nouveau groupe d’amis qu’elle se fait à Berlin, « Dieu attendait trop de moi ».

Unothodox est l’histoire d’une jeune femme de 19 ans qui s’échappe des confins abrutissants d’un mariage arrangé au sein de la communauté juive hassidique Satmar de Williamsburg, Brooklyn, pour se rendre à Berlin à la recherche d’une vie meilleure… Une vie avec des opportunités, une croissance personnelle et surtout, la liberté. Après avoir appris sa grossesse, son mari décide de partir lui aussi pour l’Allemagne avec son cousin dans le but de la retrouver et de la ramener.

Dis comme cela, on peut avoir le sentiment d’une proposition confinée (c’est le mot de l’année, n’est-ce pas ?) à une petite niche de spectateurs. Combien d’entre nous, dans la société moderne, peuvent vraiment s’identifier aux restrictions sociales répressives d’une culture et d’une religion si profondément orthodoxe ? Mais il ne faudrait surtout pas s’arrêter là… car l’extraordinaire réussite de Unorthodox est que l’histoire d’Esty prend vite une portée universelle. C’est un récit qui montre comment le désir de liberté personnelle peut donner la force de surmonter toutes sortes d’obstacles, même si cette liberté coûte énormément. La réalisatrice Maria Schrader et les scénaristes Anna Winger et Alexa Karolinski racontent magnifiquement l’histoire de cette jeune femme dans sa quête de liberté pleine de terreur et d’incertitude, jouant constamment sur une espèce de catharsis qui garantit un dépassement des limites. Au cours de quatre épisodes, elles tissent ensemble l’histoire du mariage d’Esty et de Yanky – révélant les attentes ou devoirs personnels et communautaires profonds auxquelles Esty est confrontée – avec son arrivée précaire à Berlin et les étapes qu’elle y franchit pour tenter de trouver un chemin différent vers la liberté.

Il faut savoir que la définition des rôles dans l’hassidisme satmarien, une forme ultra-orthodoxe de judaïsme qui a vu le jour en Hongrie en 1905, dicte notamment, en plus de l’application stricte des lois de la Torah, que la femme reste à la maison, élève les enfants et qu’elle donne à son mari le sentiment d’être un roi. Les femmes doivent également se raser la tête et porter des perruques. Alors que traditionnellement les femmes juives orthodoxes mariées se couvrent les cheveux d’un foulard ou d’une perruque lorsqu’elles sont en public, l’obligation de raser la tête d’une femme une fois mariée est une chose unique à la communauté Satmar. Le yiddish est leur langue maternelle. Quand Esty arrive en Allemagne, elle n’a ainsi aucune formation universitaire et aucune compétence professionnelle. À Brooklyn, on exige qu’Esty se conforme à la seule conception acceptable de la façon dont une femme doit vivre avec son mari. Des pressions s’exercent autour d’une nécessaire grossesse, notamment l’ingérence envahissante de sa belle-mère, et la colère qui éclate également autour de ses leçons de piano avec un professeur non juif. Elle se transforme d’une jeune mariée enthousiaste, que l’on a vu déborder d’émotion lors de son mariage, en une femme désespérée en quête d’une liberté insaisissable. À Berlin, Esty doit apprendre à utiliser un ordinateur, à gagner sa vie, à se mettre en relation avec un groupe de personnes d’origines très différentes des siennes et à reconsidérer sa compréhension de sa propre mère, qui a quitté la communauté hassidique quand Esty était bébé et qui vit maintenant aussi dans la capitale allemande. Ce qui compte vraiment dans Unorthodox, c’est la représentation de deux mondes parallèles et les chocs culturels dramatiques qui apparaissent lorsqu’ils se croisent.  Alors que l’action se déroule entre New York et Berlin, on a l’impression de faire un pas en arrière et en avant dans le temps, et non pas simplement de changer de continent. Ce monde hassidique semble intemporel, ses restrictions sont une sorte de protection de confort contre un monde qui l’a traité avec cruauté. Et la grande sagesse dans la manière dont cette histoire est racontée réside dans sa compréhension innée du fait qu’il n’y a pas ici de lignes claires délimitant le bien et le mal, pas de moyen simpliste et facile de séparer le bon et le mauvais. Unorthodox ne juge pas, elle se contente de se poser et d’observer.

Certains pourront penser qu’Unorthodox est une critique de la communauté religieuse d’Esty, de son peuple et de ses pratiques, et c’est peut-être en partie le cas. Mais pour moi, c’est vraiment avant tout l’histoire d’une jeune femme qui attend davantage de sa vie, qui cherche courageusement une nouvelle voie, qui aime toujours sa famille et qui pense que même si elle déçoit Dieu, elle doit trouver sa propre direction. Sa maladresse à se défaire du cocon de sa vie hassidique est bouleversante. C’est comme si elle s’arrachait elle-même une propre couche de sa peau. Laisser son monde derrière elle s’accompagne d’une grande douleur et d’une grande souffrance – dans l’un des moments les plus déchirants, la grand-mère bien-aimée d’Esty lui raccroche au nez lorsqu’elle appelle d’une cabine téléphonique de Berlin. Yanky, son mari est aussi un homme sensible et gentil qui ne sait pas quoi faire d’une épouse qui lui dit qu’elle est « différente » dès leur première rencontre.

L’un des aspects les plus frappants de l’histoire est également la façon dont elle s’y prend pour poursuivre cette liberté. La passion d’Esty pour la musique la pousse vérotablement. Au départ, Esty a fui en Allemagne parce qu’elle avait besoin d’un endroit où aller. Au lieu de simplement cela, une série d’événements amène Esty à réaliser à quel point la musique lui a manqué dans sa vie, et à quel point elle en a besoin maintenant, plus que jamais. C’est littéralement son ticket d’entrée pour la liberté. Esty : D’où je viens, il y a beaucoup de règles. Professeur Hafez : En musique, il faut souvent enfreindre les règles pour réaliser un chef-d’œuvre. Sans dévoiler tout ce qui se passe à Berlin, je ne peux m’empêcher d’évoquer ce déchirant moment où Esty chante une chanson en hébreu. Un grand moment transcendant de télévision… Il s’agit d’une ligne, répétée quatre fois, d’une chanson traditionnelle juive de mariage qui est habituellement chantée par l’homme : « Bienheureuse celle qui est venue. Celui qui comprend le discours de la rose parmi les épines, l’amour d’une mariée qui est la joie des bien-aimés ». Le fait qu’Esty chante cette chanson religieuse romantique reflète sans doute son désir que le mariage soit bien plus qu’une simple satisfaction sexuelle pour le mari afin de faire des enfants. Esty aspire à être chérie, à ce que cette chanson lui soit chantée.

Et là, comment ne pas évoquer la véritable performance de la série et la raison pour laquelle Unorthodox a une telle puissance émotionnelle ? Cette œuvre vit et respire aussi vivement qu’elle le fait grâce à sa star, Shira Haas, une sorte de réplique autrement d’Elisabeth Moss, et à son don d’actrice le plus insaisissable : transmettre en silence ses sentiments complexes et conflictuels. Par un regard, un geste ou une vague d’émotions dans ses yeux, nous comprenons son personnage. Haas a cette rare capacité à communiquer sa réalité intérieure par de simple attitudes et expressions faciales. Elle parvient à mettre un peu d’Esty dans chacun de nous, survivants du pire que le monde puisse nous donner.

Pour moi, Unorthodox touche à une certaine perfection dans ce que peut offrir une mini-série télévisée. Une façon remarquable d’aborder les questions de liberté, de diversité, de communauté, de respect, de pardon et de bienveillance. Puissance et grâce du récit venant s’équilibrer au-travers de grandes émotions et de ces petits moments d’observation des détails de l’existence qui nous font nous sentir mieux et heureux. Et j’ose dire qu’il s’agit là de l’une des réalisations majeures dans l’histoire des productions originales de Netflix. Vous ne devez pas la manquer !

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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