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Your Honor… mon fils, ma bataille !

Bryan Cranston, la star de Breaking Bad, dans la peau d’un juge veuf et au-dessus de tout soupçon, qui va tourner le dos à tous ses principes pour sauver son fils, coupable d'un délit de fuite.

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Publié le 8 février 2021

Auteur : Jean-Luc Gadreau

C’est le point de départ de Your Honor, la nouvelle série à voir sur Canal +. 

A La Nouvelle-Orléans, Michael Desiato est un juge respecté. Un jour, sa vie bascule lorsque son fils Adam renverse, et tue, un adolescent dans un accident de la route. La victime est Rocco Baxter, le fils du caïd local Jimmy Baxter, qui faisait un tour sur sa nouvelle moto. Michael est confronté à un cas de conscience : son fils doit-il être livré aux autorités ou faut-il le laisser hors d’une affaire qui risque d’être dangereuse ?…

Les séries israéliennes, depuis plusieurs années, deviennent des références incontournables. Avec des budgets extrêmement minimes, les scénaristes israéliens rivalisent avec les créations d’Hollywood. Et là-bas, on mise sur la diversité ! On trouve ainsi de la comédie de mœurs, des drames, tous les sujets sont abordés, pas seulement la politique ou l’action. Si quelques-unes parviennent à « faire carrière » telles-quelles en traversant les frontières comme Fauda, Our boys, Shtisel ou False Flag, d’autres sont adaptées et contextualisées pays par pays. Car ces séries inspirent véritablement le monde entier. On ne le sait d’ailleurs pas toujours, mais Homeland, Hostages, Euphoria… trouvent leurs origines dans des séries israéliennes. C’est aussi le cas du gros succès actuel de En Thérapie sur Arte. On annonce aussi prochainement de nouvelles adaptations qui risquent de faire grand bruit. Par exemple, la série Autonomies est en préparation et est en cours de reformatage pour utiliser la division entre l’État bleu et l’État rouge propre aux États-Unis comme substitut à l’intrigue israélienne originale. Un drame dystopique captivant dans lequel, à la base, nous sommes transportés dans une réalité alternative actuelle où l’État juif est divisé par un mur fortement sécurisé. D’un côté se trouve « l’État d’Israël » laïc, avec Tel-Aviv comme capitale. L’autre côté se trouve « l’autonomie juive » ultra-orthodoxe basée à Jérusalem. C’est également un autre grand succès en Israël, On the Spectrum, un drame extrêmement émouvant qui nous fait découvrir la vie de trois colocataires autistes d’une vingtaine d’années qui apprennent à faire face au monde qui les entoure, qu’Amazon vient de commander l’adaptation en anglais.

C’est dans cet élan que vient de sortir sur Canal + la série Your Honor, tirée de la série israélienne Kvodo de Ron Ninio et Shlomo Mashiach (Yes Studio) qui a remporté le prestigieux concours de télévision Series Mania en 2017. C’est Peter Moffat qui endosse ici le costume de showrunner avec, parmi les producteurs exécutifs, Robert et Michelle King, qui ont créé The Good Wife. Elle met en scène Bryan Cranston qui est aussi à l’initiative de l’adaptation. À savoir également que cette série israélienne connait également une adaptation française avec Gérard Depardieu et Kad Merad, sous le titre Un homme d’honneur qui devrait être prochainement diffusée sur TF1, et que l’Inde a aussi choisie de la reprendre dans leur contexte spécifique.

La version israélienne, qui était fascinante, a parfois tourné au mélodrame, le juge (Yoram Hattab) ayant tenté d’utiliser une famille bédouine du crime pour contenir la fureur de la famille juive du crime dont le fils a été tué. Dans la version américaine, les bédouins sont remplacés par des membres de gangs afro-américains. L’ensemble de la distribution est excellent et Hunter Doohan est une belle trouvaille pour incarner le fils, mais c’est clairement Cranston, avec notamment son visage marqué si expressif, qui domine la série. Une fois de plus, il est assez magistral dans la peau de cet homme respecté pris dans les méandres de circonstances indépendantes de sa volonté qui le poussent à abandonner ses principes et à enfreindre la loi. Et, tout comme dans Breaking Bad, passer d’un côté de la loi à l’autre a des conséquences imprévisibles qui l’entraîne inexorablement dans une sorte d’univers parallèle assez cauchemardesque. Pour parvenir à nous faire entrer dans ce processus, la tension monte progressivement, et au fur et à mesure que le juge, habitué des méthodes peu orthodoxes dans son tribunal, démontre un talent non moins confondant pour le crime. On se retrouve ainsi vite confronté à la mécanique cynique du thriller : jusqu’à quel point une personne réputée au-dessus de tout soupçon peut-elle tromper son monde, grâce à sa maîtrise du système, même quand la vérité saute aux yeux.

La série abonde en résonances américaines contemporaines et historiques, en particulier lorsqu’il s’agit de jeunes hommes noirs impuissants face à des hommes blancs plus âgés et face aux institutions. Mais, rassurez-vous, tout cela ressemble plus au grain authentique du décor qu’à une sorte de didactisme. C’est aussi le décor de la Nouvelle-Orléans qui donne au remake américain une atmosphère intéressante, loin des lieux habituels pour un drame policier US comme New York et le New Jersey, et bien que sa version du Big Easy soit à des années-lumière du Vieux carré français et d’autres sites de cartes postales associés à la ville de Louisiane. D’un point de vue scénaristique, puisque la victime se révèle être membre de la pègre, s’amorce alors pour le duo père-fils un véritable jeu de mensonges, de duperie et de choix impossibles. Tout ça ultimement dans le but de ne pas se faire prendre et, pour le père, de sauver la peau de son enfant. En filigrane de l’action, c’est un glissement rapide qui s’opère autour de questions éthiques et, de façon plus prégnante, le dilemme qui se présente quand on a le sentiment de pouvoir peut-être changer les choses quitte à franchir la ligne blanche, pour sauver celui que l’on aime. Au nom du fils… jusqu’où pourrais-je aller ?

Si Your Honor connait quelques faiblesses scénaristiques tenant surtout à certaines facilités permises pour simplifier le récit (mais ici, justement, toute la question tourne précisément autours de ce que l’on se peut se permettre ou non), elle s’avère être une série accrocheuse, très bien portée par un casting de qualité et une photo et réalisation globalement excellentes. Qui plus est, le fond est intéressant et questionnant. Ça fait pas mal de raisons tout de même de choisir de retrouver Bryan Cranston… votre honneur !

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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