Produit par Jamel Debbouze, ce film offre une immersion dans les réalités complexes de l’île, mêlant habilement drame social et thriller haletant.

Chris, interprété (Sloan Decombes), est un jeune Guadeloupéen de 26 ans vivant à Pointe-à-Pitre. Partageant son quotidien entre des transactions de drogue dans des ruelles sombres et des escapades à moto, sa vie bascule lorsqu’Odell, un caïd local, lui confie une mission périlleuse en échange d’un scooter flambant neuf. Le jour même, Chris découvre un bébé abandonné sur le pas de sa porte, le confrontant à un choix déchirant entre son engagement criminel et cette responsabilité inattendue.

Une Guadeloupe loin des images de cartes postales

Nelson Foix s’était déjà fait remarquer avec son court-métrage Timoun Aw (“Ton enfant” en créole) en 2019. Avec Zion, l’histoire initiale se prolonge, poursuivant ainsi son exploration des réalités antillaises et dépeignant une Guadeloupe urbaine et brute, loin des images de cartes postales. Le film s’inscrit dans la lignée de La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, offrant une plongée immersive dans les quartiers populaires de Pointe-à-Pitre. Sa mise en scène est marquée par une approche réaliste et contemplative. Les plans séquences prolongés et les cadrages serrés capturent l’intensité des émotions de Chris, reflétant son conflit intérieur et son évolution tout au long du récit.

La photographie de Martin Laugery accentue cette atmosphère en utilisant des tons chauds et des contrastes marqués, soulignant la dualité entre la beauté naturelle de l’île et la dureté de la vie urbaine. Le choix du créole comme langue principale du film renforce l’authenticité du récit et témoigne de la volonté du réalisateur de valoriser la culture locale. Cette décision confère une dimension supplémentaire à l’œuvre, immergeant le spectateur dans la réalité linguistique et culturelle de la Guadeloupe. Mais Zion est aussi un thriller haletant au suspense permanent et où l’ambiance pesante devient explosive. Dans une société oppressante, Zion raconte alors l’odyssée moderne de la galère d’un homme, Chris, pour devenir lui, du moins, celui qu’il devrait être ou est au plus profond de ses tripes.

La quête d’identité et la paternité

Zion aborde des thèmes universels tels que la rédemption, la responsabilité, la quête d’identité et bien sûr la paternité. La découverte du bébé par Chris agit comme un catalyseur, l’obligeant à remettre en question ses choix de vie et à envisager une possible rédemption.

Cette narration évoque évidemment de nombreux motifs bibliques, notamment celui de la seconde chance et de la transformation intérieure. C’est une forme de « nouvelle naissance », au sens propre comme au sens figuré, qui devient possible.

Le titre même du film, Zion, fait référence à la Terre promise, symbole d’espoir et de renouveau dans la tradition judéo-chrétienne. Et dans la culture chère à Bob Marley, Zion est là pour échapper au système d’oppression et à Babylone. Cette allusion suggère sans doute quelque part que, malgré les épreuves et les errances, une voie vers la rédemption et un avenir meilleur restent accessibles, et du moins une espérance pour aller de l’avant.

Avec Zion, Nelson Foix signe un premier long-métrage puissant qui allie une narration captivante à une profonde réflexion sur les réalités sociales et spirituelles, porté par des acteurs et actrices antillais magnifiques. En offrant une représentation authentique de la Guadeloupe et en explorant des thèmes universels, le film résonne bien au-delà des frontières insulaires, interpellant chaque spectateur sur sa propre quête de sens et de rédemption.