Les couleurs des fleurs et de la misère

Les couleurs des fleurs et de la misère

Un texte de Bertrand Vergniol, Secrétaire Général du Défap, sur Madagascar.

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Publié le 22 décembre 2015

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Comme Antananativo est belle au soleil couchant ! Maisonnettes colorées, arbres en fleurs – ah, les jacarandas autour du Lac Anous… – on a l’impression que les douze collines de terre rouge se parlent et se répondent par les escaliers et les ruelles en dédale. Dominée par le palais de la reine, symbole de la nation malgache, la capitale de la Grande Île s’étend, au cœur du pays, sur les flancs d’une arête rocheuse qui culmine à plus de 1 400 mètres. Au-delà de la cité, les rizières offrent leur vert tendre à perte de vue.

Cette beauté un peu magique ne résiste hélas pas à la promenade détaillée. Au pas à pas, dans les rues ou à bord de bus surchargés, comment ne pas être pris à la gorge par la pauvreté sur les trottoirs défoncés de Tana ? Derrière les visages souriants, comment ne pas voir le règne sombre de la misère, celle qui fait disparaître des  enfants derrière la mendicité : noirâtres de saleté, ces gosses des rues,  pieds nus et en guenilles, sont si nombreux, couchés sur des cartons dans les tunnels enfumés par les voitures brinquebalantes. Des gosses qui mendient avec agressivité… De quoi d’autre que la violence, la rapine et l’ordure leur vie peut-elle être faite ? Un rat mort au pied d’un escalier, des venelles jonchées de détritus, c’est là tout leur univers, avec ces quelques bâtiments en construction au centre d’Antananarivo, maigre abri nocturne pour quelques-uns, les autres dorment sur les trottoirs. L’indigence, c’est la loi du plus fort…

Il ne faut certes pas enfermer Madagascar dans cette misère qui crie aux yeux du monde, résister aux statistiques récentes qui placent la Grande Île parmi les cinq pays les plus pauvres de la planète. Des hommes et des femmes y vivent également décemment, sans doute mieux en province qu’à la capitale. Bien sûr, ils sont toujours à la merci de l’accident, de la maladie ou du chômage, car de système de protection sociale il n’y a pas pour le Malgache moyen. Il n’y a pas de filet pour celui qui tombe, sauf à utiliser la solidarité familiale. Et je salue ici l’action des multiples Églises et congrégations qui servent le peuple avec leurs écoles, leurs orphelinats, leurs dispensaires… Je salue l’action des envoyés du Défap en leur sein. Je salue ces professeurs de mathématiques qui, dans un lycée au toit de tôle, sans fenêtre, avec juste un tableau noir et des craies, enseignent les intégrales  à des jeunes de terminale, assis à quatre par bancs. Et je salue aussi ces jeunes qui, à l’orée de leur vie, travaillent pour réussir. […]

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