Alep, Idleb … et après ?
Indignation

Alep, Idleb… et après ?

Sylvain Cuzent, vice-président de la Mission populaire, interroge sur la passivité de nos pays lorsque des peuples sont massacrés.

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Publié le 3 mars 2020

Auteur : Sylvain Cuzent

C’était en 2016, nous étions quelques-uns semaine après semaine à nous rendre bougie à la main devant l’ambassade, fermée, de Syrie pour exprimer notre indignation sur le drame, le crime qui était en train d’être perpétré à Alep : une ville et ses habitants écrasés sous les bombes.

On se souvient du soulèvement en 2011 de la jeunesse syrienne contre la dictature du président Bachar El-Assad. En juin 2000 celui ci avait succédé à son père Hafez El-Assad parvenu au pouvoir en 1970 à la suite d’un coup d’Etat. Bachar El-Assad héritait d’un pays tenu par une main de fer, un régime dictatorial, et beaucoup espéraient que cet homme, médecin formé en Angleterre, allait démocratiser son pays et lui ouvrir enfin une ère de liberté. Il n’en fut rien ! La poigne de fer continua de broyer ce pays.

Le soulèvement des « Printemps arabes » au début de l’année 2011 sembla pouvoir ouvrir la perspective d’un changement et d’un printemps à la Syrie. Les étudiants, les jeunes, descendirent dans la rue pour exprimer leur soif de changement et de liberté. Mais l’état d’urgence en vigueur depuis 1963 et le maillage sécuritaire permirent au pouvoir de réagir. Les manifestations furent réprimées dans le sang. Les arrestations se multiplièrent ! Des parents venus chercher leurs enfants dans les commissariats s’entendirent répondre : « Vous ne les reverrez pas, faites en d’autres et si vous n’en êtes pas capables nous en ferons à vos femmes » !

Guerre totale

Face à la menace de la rue le pouvoir syrien choisit la guerre totale. Bombardements, enlèvements, tortures, exécutions sommaires (en 2015 un certain « César » apporta en Europe les milliers de clichés pris par lui dans les cachots du régime comme preuve des crimes qui s’y déroulaient), puis bombardement au gaz sarin qui fit 1500 morts à Damas le 21 août 2013. Rien n’a été épargné à ce peuple assoiffé de liberté. Bien qu’ayant proclamé que l’utilisation des armes chimiques constituait une ligne rouge, les pays occidentaux firent cependant marche arrière, États Unis en tête, et restèrent l’arme au pied. Pendant ce temps les djihadistes, encouragés par le pouvoir syrien qui avait libéré nombre d’entre eux, profitèrent de la situation pour étendre leur pouvoir jusqu’à contrôler un tiers du pays, une population de près de 10 millions d’habitants, et proclamer l’instauration du califat. Alors, sous couvert de lutter contre les djihadistes, le pouvoir développa une répression terrible contre les forces démocratiques et tous ceux qui luttaient pour la libération du pays. C’est ainsi que peu à peu le président El Assad, bientôt aidé par l’aviation russe écrasa son peuple et détruisit son pays sous les bombes.

Après 9 ans de guerre plus de la moitié de la population de Syrie a du quitter son domicile pour fuir les bombardements et la guerre. Actuellement se déroule une bataille acharnée autour de la ville d’Idlib. Chaque jour 50 à 100 bombardements tombent sur la ville et sa région dans le nord du pays, là où s’est concentrée la population fuyant les autres zones de combat. Il y a aujourd’hui près de 4 millions de personnes dans cette région, environ dix fois plus qu’avant 2011. Et près de quatre millions de personnes réfugiées en Turquie.

Crise humanitaire

Idlib représente la pire crise humanitaire depuis 2011 selon l’organisation CARE. Les populations fuient vers la Turquie dont la frontière est fermée, les camps d’accueil sont débordés. Alors que les températures campent en dessous de zéro degré et qu’il neige, il n’y a pas suffisamment de tentes ni de couvertures ou de nourriture. Malgré le froid les gens dorment au bord des routes, dans les champs d’oliviers. Des personnes, des enfants sont morts de froid.

Pendant ce temps nos pays occidentaux assistent en silence à ce grand massacre. Ils n’exigent même pas que les couloirs humanitaires plusieurs fois annoncés soient respectés. Mais face à la menace turque d’ouvrir ses frontières en utilisant les réfugiés comme moyen de pression, nos gouvernements occidentaux semblent tout à coup pris de panique. N’aurons nous eu le souci de ces malheureux que lorsque nos intérêts sont menacés ? Ne sommes nous pas capables d’une vraie solidarité avec des peuples persécutés ?

La Maison Ouverte, 17 rue Hoche à Montreuil (m° Mairie de Montreuil) accueille tous les jeudis midi une cantine syrienne à prix libre organisée par des réfugiés syriens et des français. A partir de ce jeudi 5, y seront recueillis des vêtements chauds et des produits d’hygiène (brosse à dent, dentifrice, savons, etc.) par un collectif de réfugié.e.s qui vont les acheminer à Idleb. Par ailleurs, la Maison Ouverte et la Cantine Syrienne se joignent aux associations qui invitent à une marche pour la Syrie le samedi 14 mars à Paris. Sylvain Cuzent conseille d’aller voir le film « Pour Sama »

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