solidarité

En Éthiopie, la catastrophe de trop

Le régime d’Addis Abeba mène depuis des mois une guerre dans sa propre région du Tigré. L’Église luthérienne d’Éthiopie appelle à l’aide pour sauver les victimes.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 27 juillet 2021

Auteur : Claire Gandanger

En novembre 2020, l’armée fédérale éthiopienne entrait en guerre contre les autonomistes du Tigré, région nord de l’Éthiopie. Le conflit qui sévit depuis dans ce territoire à peine plus petit que le Grand Est a déjà contraint plus d’un million de personnes à fuir leurs villages pour se réfugier dans les villes. L’ONU estime que 4,5 millions de personnes ont désormais besoin d’assistance alimentaire. Mais l’aide internationale n’a profité pour l’heure qu’au quart d’entre elles, les zones rurales étant rendues inaccessibles. Le sort s’acharne sur les habitants du Tigré. « Ce n’est qu’une catastrophe supplémentaire après les tensions politiques et l’invasion de sauterelles qui avait déjà privé de nombreuses personnes de récoltes », déplore Desta Hareda, directeur au Tigré du service de diaconie de l’Ethiopian Evangelical Church Mekane Yesus (EECMY), l’Église luthérienne du pays.

Les deux projets de développement de l’EECMY accompagnaient jusqu’au début du conflit des enfants précaires et leurs parents dans la petite ville de Rama, tout au nord du Tigré à la frontière avec l’Érythrée, et dans la capitale régionale Mékélé, à 200 km au sud-est. Les locaux de sa mission à Rama ont été détruits et son équipe sur place a dû fuir avec le reste de la population locale dans une ville plus au sud. Des bombardements ont par ailleurs endommagé ceux de Mékélé. Les équipes des deux projets n’ont eu d’autre choix que de suspendre leurs missions éducatives pour se concentrer sur de l’aide humanitaire d’urgence et de la recherche d’abris. À Mékélé, quelque 45 familles sont accueillies directement dans l’église de l’EECMY. Les paroissiens collectent nourriture, vêtements et biens de première nécessité.

« D’abord, quelques bombes sont tombées. Ensuite les soldats sont arrivés et ont pris notre maison, mangé nos repas, dormi dans nos lits. Ils n’arrêtaient pas de nous frapper avec des bâtons », confiait en avril avec émotion et pudeur Brkti Abrha aux équipes de la Fondation des missions luthériennes de BasseSaxe, partenaire européen de l’EECMY. Ses enfants bénéficiaient du soutien de l’EECMY à Rama. « Nous avons tout perdu et n’avions plus d’autre choix que de partir. Tout l’argent que nous avions encore, nous l’avons dépensé pour rejoindre Mékélé. Ici nous vivons dans une école. L’Église nous a donné des couvertures, des matelas, de la nourriture et des ustensiles de cuisine. »

Les femmes en première ligne

« De manière urgente, les gens ont besoin d’aide médicale, alerte Desta Hadera. Mais ils ont aussi besoin de nourriture et de soutien dans la reconnaissance des souffrances qu’ils ont vécues. Beaucoup sont traumatisés. » Les femmes sont en première ligne face aux soldats érythréens qui ont rallié la cause du gouvernement éthiopien et contrôlent le nord du Tigré. Ils utilisent les viols comme arme de guerre. « Les centres médicaux rapportent une explosion des demandes de contraceptifs d’urgence », prévient Desta Hareda.

D’autres cibles sont dans le viseur des troupes érythréennes. Depuis 2018, des milliers d’Érythréens avaient fui au Tigré pour éviter l’enrôlement forcé dans l’armée du régime dictatorial de leur pays. Des expéditions punitives ont détruit deux de leurs quatre camps, où l’EECMY projetait avant le conflit d’ouvrir une troisième centre pour enfants. L’ONU a perdu la trace de plus de 10000 de leurs occupants.

À l’ouest de la région, plus de 60000 Éthiopiens ont franchi la rivière qui sépare le Tigré du Soudan, en tracteur, en bateau ou simplement à pied. Les camps de fortune où ils sont accueillis sont fortement exposés aux inondations alors que la saison des pluies est en cours. Sur place, l’ONG évangélique Médair intervient dans le camp de Tenaydbah, qui rassemble plus de 20000 personnes. Elle coordonne une assistance médicale et psychologique pour près de 3000 personnes. Elle a participé à l’installation du tiers des sanitaires des lieux, et a surtout construit des systèmes de drainage pour protéger des pluies 2500 familles.

  • Pour soutenir l’action d’urgence de l’EECMY : www.spenden-fuer-mission.de / mot clé : Kinderzentren Tigray
  • Pour soutenir l’ONG Médair : www.medair.org

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