L’enlisement du Brexit : que faire avec une majorité de « non » ?

L’enlisement du Brexit : que faire avec une majorité de « non » ?

Les laborieuses manœuvres du gouvernement conservateur britannique, pour se dépêtrer du piège du Brexit, ressemblent de plus en plus à un supplice chinois.

Un contenu proposé par Tendances, Espérance

Publié le 25 février 2019

Auteur : Frédéric de Coninck

Une majorité de sujets étaient favorables à une sortie de l’Europe. Au fil du temps, d’ailleurs, les opinions ne varient pas autant qu’on pourrait le penser. Les sondages donnent régulièrement, depuis deux ans, un léger avantage au « remain », mais il faut se souvenir que c’était également le cas, juste avant le vote. Rien à voir, en tout cas, avec la désapprobation croissante qui concerne la manière dont Theresa May a conduit le processus. On en est, aujourd’hui, à deux fois plus d’insatisfaits (un peu ou beaucoup) que de satisfaits (un peu ou beaucoup).

Mis à part le fait qu’un gouvernement en exercice est toujours critiqué, cela souligne cette dure réalité : les pro-Brexit se rendent compte qu’ils n’avaient pas tous la même vision de la sortie et que, par ailleurs, ils n’avaient pas suffisamment anticipé la réalité de certains points durs.

On touche-là du doigt une règle assez étonnante de ce que l’on pourrait appeler la psychologie politique : les opposants à une politique sous-estiment toujours leurs dissensions internes. Un ennemi soude les rangs, mais, quand il disparaît de l’horizon, les divisions laissées en sourdine font un retour brutal.

On peut rire des anglais, mais je me souviens des opposants au traité européen, à l’occasion du référendum français de 2005. Ils disaient tous qu’il convenait de « renégocier » ce traité, mais il était impossible de leur faire entendre qu’ils avaient des raisons à ce point divergentes de vouloir renégocier ce traité, qu’ils ne trouveraient jamais une base commune pour ne serait-ce que faire une proposition de renégociation. Et d’ailleurs rien n’a jamais été renégocié.

Une unité « contre » se transforme difficilement en unité « pour » ; surtout quand cette unité contre s’est construite autour du refus d’un compromis jugé insatisfaisant. Mettre ensemble des adversaires acharnés du compromis n’est pas une mince affaire !

Dit autrement, le dégagisme est une bonne idéologie pour faire la révolution, mais une mauvaise base pour construire, après la même révolution.

Et, puisqu’il faut aussi balayer devant sa porte, les églises issues de la Réforme ont parfois, elles aussi, découvert cette réalité à leurs dépends. Luther, le premier, s’est assez vite rendu compte qu’il avait fédéré des mécontents qui n’étaient pas mécontents de la même manière que lui ! Le résultat fut brutal et plusieurs massacres en résultèrent. Par la suite, les églises protestantes ont toujours couru après une unité inaccessible. Que faire une fois qu’une dispersion des convictions et des opinions est apparue au grand jour ?

Il est intéressant de voir que, dans certains pays marqués par le protestantisme, une pratique régulière de la recherche du consensus, s’est développée, et pas seulement dans le champ politique (en Allemagne, en Suisse, dans les pays Nordiques, par exemple). On cherche un accord temporaire qui ne présuppose pas un accord complet. Mais en Angleterre et aux Etats-Unis on a plutôt accepté l’idée d’une société éclatée entre des communautés qui s’ignorent assez largement. Tout cela est dit à grands traits, mais on en voit incontestablement la marque, aujourd’hui encore.

Découvrez d’autres contenus sur le blog Tendances, Espérance

Sur le même thème

Rechoisir l’Europe

L'édito vidéo du 27 juin de Nathalie Leenhardt, directrice de la rédaction du journal Réforme.

Un contenu proposé par
Royaume-Uni : le Brexit est-il irréversible ?

Royaume-Uni : le Brexit est-il irréversible ?

Les anti-Brexit sont de plus en plus nombreux à exiger le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

Un contenu proposé par
L’Union européenne, une idée chrétienne ?

L’Union européenne, une idée chrétienne ?

La démocratie chrétienne a porté sur les fonts baptismaux la future union des pays européens. Mais sans exclusive.

Un contenu proposé par

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Tendances, Espérance

La société change (quelquefois pas tant que cela). Dans ce contexte mouvant, parfois déstabilisant, quelles sont les voies d’espérance ? A travers ce blog, le sociologue Frédéric de Coninck porte un regard protestant sur l’évolution de la société.

Derniers contenus du partenaire

Bel été avec les médias protestants !