GUERRE EN UKRAINE

Quand montent les tyrans (partie 2)

La guerre dans l’Est de l’Europe est destructrice. Comment la Bible tente-t-elle de comprendre la montée de la tyrannie ? Une réflexion du pasteur Hermann Grosswiller.

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 9 juin 2022

Auteur : Hermann Grosswiller

Une espérance à reconstruire

La guerre dans l’Est de l’Europe est destructrice. Guerre d’opinion et de technologie autant que d’armement, elle effondre des immeubles et des économies et met à mal pour longtemps les relations entre deux peuples en pilonnant leur espérance. De part et d’autre, des gestes forts émergent pourtant du chaos pour montrer dès aujourd’hui la direction de l’impossible chemin de demain.

Je connais qui tu es

Il est dans notre société des expressions qui nient ce travail de la connaissance d’autrui. Simplement par un article on peut généraliser et donc méconnaître : les gens, les handicapés, les fous, les riches, les arabes… Ces articles devant des mots sont autant de fantasmes sans visage qui permettent de dire les peurs que l’on ressent en les projetant sur des réalités anonymes. C’est ainsi que naît la capacité à ne plus nommer l’autre ni le reconnaître dans sa différence légitime.

Connaître l’autre pour ne plus le juger, tel sera pourtant l’enjeu de la guerre, après la guerre. Il n’est pas possible aujourd’hui de discerner au milieu du fracas les lignes de la fraternité, de la compréhension ou simplement du respect de cet autre qu’il faut combattre pour subsister. Mais les peuples slaves seront appelés demain à vivre dans un espace de paix et à se nommer, comme Dieu l’a fait en demandant à Adam de nommer les êtres qui passaient devant lui pour qu’il les connaisse. La paix passe par la connaissance de l’autre, dans le sens biblique du terme comme pour Adam ou lorsque le psalmiste déclare à son Dieu « j’ai connu que tu es le Seigneur ». On ne parle plus de la même façon de celui que l’on connaît, car il fait partie de sa vie.

L’opinion, premier degré de l’humanité

La connaissance se vit par une progression, comme des échelons de la conscience. Et au bas de l’échelle, on retrouve ce sur quoi est bâti un peuple, l’opinion. Cette opinion publique qui désigne par exemple un président ou un député n’est autre que l’avis du peuple, la somme de notre opinion à chacun. Mais à ce niveau de la conscience, l’opinion forge le jugement qui porte bien son nom. Car si une élection appelle naturellement chacun à dire son opinion dans le jugement du scrutin, la désignation d’un vainqueur peut laisser 49 % de vaincus dans la rancœur de ne pas se sentir pris en compte. C’est de la même façon l’opinion qui a permis à des millions de personnes durant une pandémie de se dire spécialistes ou de se comporter comme tels. Se faire une opinion ou faire valoir son opinion n’est alors que le plus bas étage de la conscience de l’autre, mais c’est une première étape indispensable pour l’identifier et reconnaître au moins son existence. À ce stade deux peuples pourraient décider de faire la paix, mais il s’agirait surtout d’absence de guerre.

La compréhension forge une société

Nos sociétés humanistes sont nées de la conscience d’une responsabilité face à la souffrance du voisin. Comprendre que l’autre existe et a une place légitime à côté de soi, limite certes la liberté personnelle mais ouvre au dialogue. Comprendre même son opinion permettra demain d’en tenir compte et de bâtir une société plus juste et plus durable. La compréhension forge la cohésion des groupes et relie les humains, d’une manière telle que des solidarités peuvent naître et avec elles de belles œuvres personnelles ou collectives comme la Croix rouge ou SOS Amitié. Deux peuples qui se comprennent peuvent de nouveau vivre en paix l’un avec l’autre, dans un calme relatif né de la conscience de leur différence.

La sagesse donne la direction

Mais les choses ne sont jamais si simples entre les peuples et l’Histoire mêle les rancœurs passées aux enjeux actuels dans un imbroglio souvent difficile à dépasser. Même dans des zones en paix, les conflits laissent des traces sur le long terme. Il suffit de citer la manière dont les Français se nourrissent d’histoires belges ou suisses pour voir des effets encore actuels aux conflits historiques avec Flamands ou Transalpins et se demander combien il faudra de temps aux peuples de l’Est pour dépasser même les appellations de Grands et Petits Russes. Ce dépassement des conf lits fait appel à cette vision plus large de la conscience ou de la connaissance qu’est la sagesse. Ce voisin constaté puis reconnu peut devenir partenaire d’une paix volontaire et souhaitée. C’est à ce stade que l’on peut placer l’amitié franco-allemande ou l’élan qui mènera à constituer l’Europe. Il y a une certaine grandeur à la sagesse entre les humains, tant ce que l’on construit revêt la solidité de la pierre qui le fonde.

La compassion, cette folie positive

Il faut reconnaître que l’ultime étape de la paix est rarement atteignable tant elle fait appel à une dimension ultime de la conscience qui touche à l’intime, au fondement spirituel d’un individu. Qu’est-ce qui a poussé des humains à prendre tous les risques en hébergeant des juifs durant la guerre, jusqu’à justifier l’appellation de Justes parmi les nations ? Qu’est-ce qui pousse des bénévoles à tenir la main de personnes qu’ils ne connaissent pas alors qu’arrive leur dernier souffle ? Aujourd’hui des Russes accueillent chez eux des familles ukrainiennes et leur organisent des filières pour passer vers l’Ouest, au risque de quinze ans de prison.

Cela n’est pas réalisé par plaisir de faire plaisir, mais trouve sa racine dans la profondeur de l’intimité et de la spiritualité. Et c’est en cela que le geste devient évident ; tous ceux que l’on interroge disent que c’est normal et qu’il fallait le faire pour continuer à vivre. Pour eux, la compassion est le degré ultime de la connaissance ou de la conscience de l’autre. C’est de cette folie dont Dieu témoigne au peuple de la Bible quand il lui dit par la bouche d’Ésaïe « j’ai eu compassion de toi ». Sans doute n’est-ce pas atteignable à vues humaines entre deux peuples, quels qu’ils soient. Mais l’amoncellement de ces gestes traduisant une compassion au sein des couples, des familles, d’une entreprise ou d’une Église, peuvent colorer une société et la faire évoluer. Comme une teinture, il suffit de peu de compassion pour teinter notre monde personnel et les communautés. Les principales religions le savent depuis des millénaires même si elles ont du mal, puisque cela touche à l’intime, à mettre en pratique cette compassion mutuelle qui est l’essence de la paix des cœurs.

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