Quelles frontières pour l’Union européenne ?

Selon Robert Badinter, « les incertitudes sur les frontières ont nourri la méfiance des Français vis-à-vis d’une Union européenne dans laquelle ils se reconnaissent de moins en moins ».

Un contenu proposé par L'esprit européen

Publié le 16 décembre 2019

Auteur : Thomas Ferenczi

Lire directement l’article sur L'esprit européen

Les élargissements successifs de l’Union européenne ont laissé longtemps en suspens la question de ses frontières. Aux six pays fondateurs se sont ajoutés, au fil des années, vingt-deux autres Etats membres, sans qu’on se préoccupe de savoir où s’arrêterait ce mouvement d’agrandissement de l’UE et quel serait, à terme, son visage définitif, quels seraient ses contours, sa géographie, ses limites, une fois achevé son extension. Sans qu’on s’inquiète non plus des possibles effets négatifs de cette fuite en avant sur le fonctionnement de la machine européenne et de la lourdeur, voire de la paralysie, qui pourraient affecter ses mécanismes de décision à mesure que se multiplierait le nombre des Etats membres. On a donc accueilli avec confiance, par vagues, tous les pays candidats, en application de l’article 49 du traité sur l’Union européenne selon lequel « tout Etat européen qui respecte les valeurs visées à l’article 2 peut demander à devenir membre de l’Union ».

Démocratie et Etat de droit

Quelles sont ces valeurs ? Ce sont, précise l’article 2, celles du respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de l’égalité, de l’État de droit. Il ne faisait aucun doute, aux yeux des Etats déjà entrés dans l’Union, que les pays candidats étaient fidèles à ces principes et qu’il n’y avait pas d’autre question à se poser avant d’ouvrir des négociations. Une fois celles-ci engagées, l’adhésion était pratiquement acquise, à la seule condition que les Etats demandeurs présentent des institutions démocratiques stables, qu’ils disposent d’une économie de marché viable et qu’ils adoptent l’ensemble des lois européennes, appelé dans le jargon bruxellois « l’acquis communautaire ». L’élargissement de l’Union européenne paraissait aller de soi. Même le quasi-doublement qui a suivi l’effondrement du communisme a été absorbé sans difficultés, l’importance historique de l’événement masquant peut-être les problèmes à venir.

Faut-il aujourd’hui aller plus loin, toujours plus loin, continuer d’étendre les frontières de l’UE, poursuivre encore le processus d’élargissement ? Les dirigeants européens s’interrogent. Le doute s’est insinué face aux demandes de pays qui restent aux portes de l’Union alors même qu’ils sont prêts à négocier avec les Européens. Ceux-ci commencent en effet à faire la sourde oreille. On le voit à propos de la Turquie, avec laquelle les discussions, ouvertes en 2004, s’enlisent. On vient de le voir aussi à propos des Balkans, plusieurs Etats membres, dont la France, refusant d’engager des pourparlers d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, en attendant que soient examinés les cas de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine. On le voit enfin à propos des Etats voisins de la Russie, tels que l’Ukraine ou la Géorgie, dont l’éventuelle adhésion à l’UE est source de vives polémiques.

La lassitude des opinions publiques

Pourquoi ce qui naguère ne semblait pas sujet à contestation est-il devenu problématique ? Pour plusieurs raisons. D’abord parce que les opinions […]

Lire la suite sur L'esprit européen

Sur le même thème

Europe unie, Europe plurielle

Europe unie, Europe plurielle

La capacité d’intégrer les différences sans les faire disparaître est sans doute ce qu’on peut appeler l’esprit européen.

Un contenu proposé par L’esprit européen
L’Europe intéresse-t-elle encore les européens ?

L’Europe intéresse-t-elle encore les européens ?

Si l’on en croit le niveau d’abstentions aux élections passées, la mobilisation n’est pas flagrante.

Un contenu proposé par Présence
Désir d’Europe

Désir d’Europe

La semaine dernière, j’ai évoqué trois bonnes raisons pour aller voter. En m’appuyant sur les sondages, j’annonçais que votants seraient minoritaires. J’ai l’immense satisfaction de voir que je me suis trompé !

Un contenu proposé par Le blog d’Antoine Nouis

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

L’esprit européen

Thomas Ferenczi a suivi pendant plusieurs années pour le journal Le Monde, comme correspondant à Bruxelles, l’activité de l’Union européenne. De retour en France, il continue de s’intéresser à la construction de l’Europe et au développement de « l’esprit européen ».

Derniers contenus du partenaire

Rejoignez-nous sur Instagram Les dossiers thématiques de Regards protestants