Six questions à Munib Younan

Entretien avec Munib Younan, évêque luthérien de Jordanie et de Terre Sainte.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 30 mai 2016

Auteur : Patricia Rohner-Hégé

A quoi ressemble la vie quotidienne dans un pays aussi dangereux ?

La Palestine est sous occupation. Pour vivre cette situation anormale de la façon la plus normale possible, il faut ne pas laisser les circonstances vous paralyser. Je me pose tous les jours la question de mes priorités. Les gens ont besoin d’un pasteur présent et attentif, alors je vais au bureau et je m’adapte aux circonstances. Parfois mes collaborateurs sont bloqués dans un check point. Ils ont plusieurs heures de retard.

Voyez-vous une issue au conflit israélo-palestinien qui semble sans fin ?

S’il y avait une vraie volonté, il y aurait un chemin. Mais aujourd’hui, les deux peuples n’ont quasiment pas d’occasion de se rencontrer et de se parler. Alors ils se haïssent, et la haine engendre la crainte et la violence. Les gens en ont plus qu’assez d’entendre parler de « processus de paix ». La région est complètement déstabilisée politiquement et nous sommes au centre d’un jeu politique international. Les chrétiens palestiniens et les Ēglises de la Fédération luthérienne mondiale sont convaincus que la solution juste passe par le rétablissement des frontières de 1967 : un pays que se partageraient deux Ētats, l’Ētat israélien et l’Ētat palestinien, et la ville de Jérusalem partagée entre les chrétiens, les juifs et les musulmans. Je mets beaucoup d’espoir dans l’initiative du gouvernement français de promouvoir un dialogue multilatéral et d’offrir une légitimité aux décisions de reconnaître l’Ētat palestinien.

Le conflit est-il religieux ?

Absolument pas ! Le conflit est politique, l’enjeu étant le partage de la terre et l’accès à l’eau. Les extrémismes religieux se sont greffés sur ce conflit politique comme des parasites et lui donnent une couleur religieuse. La grande majorité des juifs, des chrétiens et des musulmans aspirent à vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les chrétiens arabes sont une force de modération au Moyen-Orient, leur présence est un facteur d’équilibre qui a permis, jusqu’à présent, que les problèmes ne conduisent pas à une guerre de religion.

Vous appelez les Églises occidentales à ne pas être de simples thermomètres enregistrant les températures politiques de leurs gouvernements mais de véritables thermostats qui guident leurs actions. Expliquez-vous…

Il ne faut certes pas confondre les Églises et les politiques. Mais je crois que l’Église devrait avoir un rôle prophétique en dénonçant fermement les injustices et en rappelant les valeurs essentielles que sont la dignité et le respect de chaque être humain, quels que soient son sexe ou sa religion. En restant silencieuses, elles deviennent complices. Nous n’avons pas d’autre pouvoir que celui de la parole : utilisons-le. J’attends des Églises françaises qu’elles disent au gouvernement français leur soutien à sa position dans le conflit israélo-palestinien.
Je crois aussi que ce conflit ne trouvera pas de solution sans dialogue avec les responsables religieux. Avant de partir en France, le Consul général de France en Palestine m’a demandé de rencontrer des membres du gouvernement. Il pense que vous pourriez nous aider à gérer la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie qui sont les deux faces de la même médaille. J’ai passé deux heures et demie aux Affaires étrangères et une heure avec un conseiller de votre Premier ministre. Ce dernier m’a posé de nombreuses questions sur la future rencontre entre le Pape François et les responsables de la Fédération luthérienne mondiale (FLM) prévue en octobre prochain en Suède. Cette co-célébration, la première depuis cinq cents ans de rupture, a une portée symbolique incroyable : les religions ne seraient donc pas sources de problèmes mais, au contraire, vecteurs de réconciliation ?! Je le pense. À condition de mener un dialogue honnête et transparent, comme c’est le cas entre la FLM et le Vatican depuis trente ans…

Vous employez volontiers l’expression de « robuste modération ». Qu’entendez-vous par là ?

Etre modéré, ce n’est pas être fadasse, mais ne donner aucune prise aux extrêmes. C’est renoncer à la haine, à la violence, même lorsque l’on est tenté de répondre soi-même à la haine par la haine. C’est refuser absolument tout propos antisémite ou islamophobe. C’est ne pas baisser les bras et espérer, contre toute espérance. Dans mon cas précis, c’est affirmer : je veux partager cette terre avec vous.

Qu’est-ce qui vous permet de ne pas désespérer ?

Pour tenir le coup dans ce conflit interminable, on doit apprendre à développer une spiritualité profonde. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, je suis plein d’espérance. L’espérance de la résurrection est partie de Jérusalem. Mais il n’y a pas de résurrection sans la croix. Le Vendredi saint a dû être très très long pour Jésus. Le Samedi saint aussi…

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