Six questions à Rachid Abi-Khalil

Six questions à Rachid Abi-Khalil, prêtre maronite libanais

Rachid Abi-Khalil, prêtre maronite, nous parle de son quotidien au Liban. Entre accueil des réfugiés et crainte du terrorisme, il garde espoir.

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Publié le 8 septembre 2015

Auteur : Patricia Rohner-Hégé

L’Église maronite est une Église catholique orientale, la seule des Eglises chrétiennes orientales qui ne se soit pas séparées de Rome après le grand schisme de 1054. Son nom vient de Saint-Maron qui a vécu en Syrie où les premières communautés ont été formées au Ve siècle.

Le Liban est un pays où se côtoient pas moins de 18 confessions. Comment vivez-vous ensemble ?

Dans la tradition orientale, la diversité est une richesse. La plupart des Eglises orientales sont nées dans les premiers siècles du christianisme : Eglises syriaque, orthodoxe, grecque catholique, arménienne, maronite… Durant la semaine de l’Unité des chrétiens, nous nous invitons réciproquement, nous faisons la fête. Le vivre ensemble, c’est le charme du Liban !

Combien de réfugiés syriens accueillez-vous ?

L’ONU parle d’un million et demi de réfugiés, mais elle ne compte pas tous les infiltrés qui traversent les frontières de manière illégale. Je pense plutôt que le vrai chiffre tourne autour de quatre millions : c’est-à-dire autant que de Libanais ! Les réfugiés sont partout, ils dorment dans les escaliers, dans les caves. Ma paroisse en a accueilli une vingtaine,
nous ne pouvons pas ne rien faire… Mais nos infrastructures craquent, notre gouvernement est divisé et sans président depuis un an et demi, nous n’arrivons plus à faire face !

Daesh représente-t-il une menace pour votre pays ?

Bien sûr ! Et l’armée est très vigilante même si elle ne peut pas garder les 200 kilomètres de frontière qui nous séparent de la Syrie. Je dois demander aux militaires de surveiller les abords de l’église pendant la messe. Dans les villages, les civils s’organisent pour faire des rondes, même la nuit.

Qu’attendez-vous de l’Occident et notamment de la France ?

Nous aimerions que vous ne nous oubliiez pas ! Les liens entre le Liban et la France ont toujours été forts, nous avons une histoire et une culture communes. Pour être efficaces, il faudrait que les diplomaties des grandes puissances travaillent véritablement à la paix ! Accueillir les réfugiés, c’est bien, mais permettre aux chrétiens d’Orient de rester chez eux, de ne pas vivre le déracinement, voilà l’objectif. C’est indécent de vendre des armes d’un côté et de soigner les blessés de l’autre ; de détruire des maisons et de distribuer des tentes à ceux qui ont tout perdu. Il faut choisir son camp : celui de l’argent et du pétrole, ou celui de la paix et du vivre ensemble. Mais si les gouvernements ne bougent pas, les opinions publiques peuvent peser. Il faut vivre la solidarité entre les peuples. Continuez à informer, à témoigner, à donner des conférences, et aussi à prier. Il faut éveiller les consciences.

L’islam doit-il se réformer ?

L’islam libanais est modéré et pacifique. Chrétiens et musulmans ont vécu paisiblement dans ce pays. Aujourd’hui encore, de nombreux musulmans mettent leurs enfants dans les écoles chrétiennes. C’est la politique des grandes puissances qui sème la zizanie.
La maturité chrétienne prône l’ouverture car les bras du Christ en croix embrassent l’humanité entière. L’islam d’aujourd’hui passe par un accouchement difficile. Mêlé de fanatisme et d’intégrisme, il pourrait se transformer en islamisme. Mais il peut aussi sortir grandi de cette épreuve, se réformer, mûrir, se purifier. De plus en plus de personnalités parlent d’un islam ouvert et convivial. Je constate pour ma part que la paix jaillit toujours du milieu des difficultés.

Vous ne ressemblez pas à un homme désespéré. Comment voyez-vous l’avenir ?

On a parlé de printemps arabe, nous vivons plutôt un hiver très rude. Mais je sais que toutes choses ont une fin et que la guerre en Syrie prendra fin elle aussi. Quand ? Je l’ignore. Il faut continuer à travailler dans l’espérance. Le Christ avait annoncé qu’il y aurait des persécutions. Pour moi, il s’agit d’un combat spirituel. L’Eglise ne doit pas être sur la défensive, elle doit combattre, mais pas avec les armes qui tuent. Nous avons une force intérieure qui nous permet de vivre et de tenir malgré la guerre, malgré nos maisons et nos églises détruites. Je crois à l’amour qui prime sur tout et qui est plus fort que les forces de destruction.
Le paradis, selon moi, ce n’est pas pour après ma mort, ça doit commencer ici et maintenant. Mon travail, là où je suis placé, durant le peu de temps que dure une vie
humaine, c’est de semer l’amour du Christ autour de moi. Car je crois que le Christ veut rassembler toute l’humanité et la sauver.

Propos recueillis par Patricia Rohner-Hégé

L’Église maronite est une Église catholique orientale, la seule des Eglises chrétiennes orientales qui ne se soit pas séparées de Rome après le grand schisme de 1054. Son nom vient de Saint-Maron qui a vécu en Syrie où les premières communautés ont été formées au Ve siècle.

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