Union européenne

Une date historique pour l’Europe

Le plan de relance proposé par la Commission annonce un nouveau saut fédéral.

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Publié le 8 juin 2020

Auteur : Thomas Ferenczi

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L’histoire de l’Union européenne est jalonnée de dates plus ou moins mémorables qui marquent des étapes du processus d’unification – du traité de Rome à celui de Maastricht, en passant par l’Acte unique, qui a créé le grand marché sous l’impulsion de Jacques Delors. Chacun de ces épisodes a transformé l’Europe en renforçant la solidarité entre les Etats membres. Au début des années 2000, la mise en place de la monnaie unique puis l’adhésion des anciens pays communistes libérés de la tutelle de Moscou ont été, à leur tour, des évènements majeurs. Il se pourrait que le plan de relance économique présenté par la Commission européenne le 27 mai en réponse à la crise provoquée par le coronavirus ajoute l’année 2020 à la liste des grands moments de la construction européenne.

Non seulement le montant de l’aide promise est substantiel (750 milliards d’euros, répartis entre 500 milliards de subventions et 250 milliards de prêts), mais surtout son financement et sa répartition annoncent un effort de solidarité exceptionnel entre les pays. Les fonds proviendront en effet d’un grand emprunt européen, accompagné d’une mutualisation de la dette – première innovation. Ils seront remboursés par la Commission – deuxième innovation – sur des ressources propres auxquelles il lui sera permis d’accéder. Ils seront distribués selon les besoins de chaque pays, entraînant – troisième innovation – un fort accroissement des transferts budgétaires. « Si ce n’est pas la préfiguration d’un Trésor européen, cela y ressemble fortement », écrit Le Monde. « C’est le moment de l’Europe », a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Les chefs d’Etat et de gouvernement commenceront à discuter de ces propositions au Conseil européen du 19 juin. S’ils se mettent d’accord, ils permettront à l’Union européenne de resserrer un peu plus les liens qui unissent les Vingt-Sept en autorisant une sorte de « saut fédéral » : après l’union monétaire, consacrée par l’entrée en vigueur de l’euro il y a vingt ans, puis l’union bancaire, provoquée par la crise financière il y a dix ans, le projet instituera une forme d’union budgétaire. Les historiens rappellent volontiers le précédent d’Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis, qui, en 1790, selon Le Monde, avait convaincu le Congrès de créer une dette fédérale « et fait basculer la confédération américaine dans le fédéralisme ». Dette commune, transferts, ressources propres : les ingrédients y sont.

Ce plan a été rendu possible par un accord préalable entre Angela Merkel et Emmanuel Macron. La crise que subit l’Union européenne aura au moins un avantage, celui de redonner vie au couple franco-allemand, dont la mésentente avait affaibli l’Europe tout entière. Une fois de plus, l’UE montre qu’elle ne peut progresser que sous l’impulsion conjointe de Paris et de Berlin. Il aura fallu l’intervention insistante d’Emmanuel Macron et le revirement inattendu d’Angela Merkel pour que les Européens reprennent le chemin de l’unité. Encore faut-il que les quatre « frugaux », comme on appelle les quatre pays – l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède – qui ne veulent pas payer pour les plus dépensiers, se laissent convaincre. Cela n’est pas acquis. Les quatre ne manquent pas d’arguments. Les négociations seront difficiles avant qu’un bon compromis ne soit trouvé.

Les experts citent volontiers cette formule de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de la construction européenne : « L’Europe se fera par des réalisations concrètes créant une solidarité de fait ». Nous y voilà. La crise a fait comprendre aux Etats européens qu’ils ont besoin les uns des autres. L’union n’avancera pas contre leur volonté dans l’utopie d’un vaste bouleversement qui produirait comme par miracle une Europe nouvelle. Ce serait la meilleure manière de susciter en retour le renforcement des nationalismes dont savent jouer avec habileté les partis populistes. L’Europe ne peut progresser que pas à pas. Un grand pas sera franchi si le projet porté par le tandem franco-allemand et développé par la Commission est bientôt mis en œuvre.

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L’esprit européen

Thomas Ferenczi a suivi pendant plusieurs années pour le journal Le Monde, comme correspondant à Bruxelles, l’activité de l’Union européenne. De retour en France, il continue de s’intéresser à la construction de l’Europe et au développement de « l’esprit européen ».

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