Peut-être que les anges n’ont pas besoin de rites, mais nous sommes des humains et nous avons besoin de célébrations pour marquer le temps et organiser la mémoire.

Les enfants sont très ritualistes, car la répétition du connu a pour eux un caractère rassurant. Cela se retrouve dans les liturgies du coucher qui enchaînent selon un ordre immuable le baiser, l’histoire, le verre d’eau, le pipi et la prière. L’ordre et les séquences changent selon les enfants, mais le besoin de rite est universel. Les rites ne s’adressent pas qu’aux enfants, nous avons tous besoin de cérémonies qui permettent de ranger les temps et les événements marquants à leur juste place dans notre mémoire. Le rite ordonne et oriente, il articule la parole et le corps, le passé et le présent, le visible et l’invisible, l’individu et la communauté.

En même temps qu’il marque le temps, le rite relie les hommes entre eux en leur permettant de cultiver une identité collective. Le Grec de Chicago se sentira en communion avec celui de Salonique en fêtant la résurrection du Christ selon le calendrier julien, et la célébration de Kippour permet aux familles juives du monde entier de se sentir à l’unisson de Jérusalem.

 

Le rite et la parole

Le protestantisme se méfie des rites, car ils sont parfois opposés à la parole. Il a raison s’il s’agit d’un formalisme sans contenu, mais il a tort s’il pense pouvoir se débarrasser d’une réalité anthropologique universelle. Carl Jung, le second père de la psychanalyse, a écrit : « Pour une religion complète, le point de vue de “la foi seule“ semble insuffisant. Chaque religion se sert de deux pieds : la foi d’un côté et le rite de l’autre côté. » L’humain a besoin de rites et de cérémonies pour exprimer et organiser ce qu’il croit. Il nous appartient de trouver un usage protestant du rite en l’inscrivant en tension avec la parole.

Nous trouvons deux catégories de rites. Les rites qui se répètent régulièrement, et les rites qui marquent des passages en célébrant les principales étapes de la vie. La première compréhension rythme le temps et la seconde marque les temps. Si les semaines et les années reviennent régulièrement, notre vie est aussi orientée, elle commence dans un berceau et se termine dans un tombeau. Nous nous proposons dans cette série de nous arrêter sur les principales étapes de ce chemin afin de questionner le sens de nos célébrations.

 

Les grandes étapes à découvrir dans ce dossier :

La naissance

La naissance

Une naissance est toujours un événement surnaturel. Toute naissance est un miracle de la vie. Quand l’enfant paraît, il est important de prendre le temps de célébrer sa naissance, ce qui est une façon de lui souhaiter une chaleureuse bienvenue dans ce réseau de relations belles et compliquées que sont les familles. Il est en même important de souligner que le petit d’homme qui vient de naître n’appartient pas à ses parents, mais qu’il leur est confié et qu’il est appelé à défricher sa propre histoire. Le chapitre sur l’accueil d’un enfant évoque les distinctions entre le baptême et la présentation. Au-delà des questions théologiques, le plus important est de célébrer une naissance. Lorsqu’on est témoin d’un événement surnaturel, il est bon de rendre grâce.

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Les rites dans le protestantisme

L’adolescence

Après la naissance, l’adolescence est, dans la plupart des civilisations, l’occasion de rites pour signifier le passage de l’état d’enfant à celui d’adulte capable de prendre une décision par lui-même. La confirmation pour ceux qui ont été baptisés enfants, ou le baptême pour les autres, est une des premières décisions importantes que prend un adolescent sur l’orientation de sa vie. Le père Stan Rougier disait qu’une des questions fondamentales de l’existence était de savoir si on décidait d’accrocher sa vie à une étoile ou à une pantoufle. Les adolescents sont souvent généreux, plus attentifs aux étoiles qu’aux pantoufles ; il est bon de leur donner l’occasion de dire, devant l’Église, leurs familles et leurs proches, leur idéal et leur désir d’engagement.

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La conjugalité

La conjugalité

Après la naissance et le choix personnel, le mariage est un troisième rite de passage. Contrairement à la norme sociale d’il y a quelques décennies, on n’a plus besoin d’être mariés pour vivre ensemble ni de vivre ensemble pour avoir une sexualité active. De ce fait, la cérémonie religieuse du mariage a structurellement changé de signification, elle ne marque plus l’entrée dans la sexualité, mais l’engagement dans une conjugalité fidèle. Alors qu’il y a quelques décennies, le marié disait : « je veux vivre avec toi », il dit aujourd'hui : « je vis avec toi et je veux que notre amour dure toute notre vie ; je vis avec toi et je t’accorde l’exclusivité de ma sexualité. » La parole actuelle est plus forte et plus évangélique, c’est pourquoi il convient de la célébrer et ne pas oublier de faire la fête.

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La mort

La mort

Enfin, la mort est la dernière étape de la vie. Il est difficile d’en parler, car elle est de l’ordre de l’indicible, de l’ineffable… et pourtant elle est. Si, en tant que chrétiens, nous pouvons dire quelque chose à son sujet, c’est que nous croyons que le Christ l’a vaincue. Le sens des funérailles est de mettre de la Parole dans ce qui est, par définition, silencieux. Cette parole s’oriente vers deux directions, la mémoire et l’espérance. Lors des funérailles, il est important de faire mémoire de la vie de la personne décédée, ne serait-ce que pour prendre conscience de ce qu’elle a été pour ceux qui restent. Nous savons que nous ne sommes ce que nous sommes que grâce à ceux qui nous ont aimés. Évoquer cette mémoire est une façon de se renforcer dans ce qu’on est pour traverser l’épreuve du deuil. À côté de la mémoire, la Parole de l’Évangile nous rappelle l’amour inconditionnel de Dieu et l’assurance que notre vie ne s’achève pas dans le néant, mais qu’elle a encore une place dans cet amour.

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