Valeurs protestantes

Nourriture, cadre et principes

Dans une famille calviniste traditionnelle, de nombreux usages encadrent les plaisirs de la table. Mais est-il encore possible de parler de plaisir ?

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 13 mars 2022

Auteur : Anne-Marie Balenbois

Maquis du Jura, 1943 . Il reste pour le repas du pain complètement moisi (bleu à l’intérieur) et du fromage. Deux garçons de 20 ans font le partage. L’un annonce renoncer au pain pour ne garder que sa portion de fromage, l’autre rétorque que c’est impossible, il ne mérite le fromage qu’à la condition de manger le pain. Ils ont failli en venir aux mains. À votre avis, lequel était protestant ?

Frugalité de principe

Chaque famille a ses histoires qu’elle transmet aux enfants avec un demi-sourire. C’est la tante Pauline (née M…d) qui reçoit un cake (au beurre !) en pleine guerre, le range dans un coffre en bois sur lequel elle s’assied pour empêcher son mari d’en prélever un morceau parce que ce n’est pas l’heure. Ou encore le grand-père pasteur qui limite à deux le nombre de noix autorisé à la fin du repas avec cette maxime inoubliable : « une noix bonne noix, deux noix assez de noix, trois noix trop de noix ! »

Pousser les principes jusqu’à l’absurde ne fait pas peur au protestant ; il en tire même une certaine fierté. Au fond, il faut prouver et se prouver que l’on domine ses pulsions, avec toujours en arrière-plan une référence biblique, si possible vétérotestamentaire. C’est lorsque les Hébreux se sont plaints de souffrir de la faim qu’ils se sont rebellés et ont désobéi à Dieu avec des conséquences redoutables. Relisez l’Exode et cessez de geindre.

Les justes recettes

À toute règle, il existe cependant des exceptions, qui frisent parfois l’hypocrisie. Si le goûter est réservé aux enfants, il sera pardonné beaucoup au buveur de thé, cette boisson éminemment protestante. Les vieilles dames les plus sévères gardent des trésors d’indulgence pour celui qui se complaît d’un excès de thé, ce qui ne serait pas le cas pour du café. Toute bonne maison sert du thé dans un récipient ad hoc, une vieille théière, et dispose de plusieurs variétés à proposer aux invités selon les heures de la journée. De même la recette familiale, même si elle est très copieuse, ne peut en rien être critiquée : le baeckeoffe alsacien est un bon exemple de plat licite bien que très nourrissant – luthérien il est vrai – car cuit chez le boulanger dimanche pendant le culte et récupéré à la sortie du temple. Dans la France « de l’intérieur », le rôti froid était plus souvent au menu, pour permettre à la cuisinière de se rendre au temple sans retarder pour autant le déjeuner. Enfin pour les repas de fête, si chaque province possède ses traditions culinaires, les recettes venues de pays protestants, comme les biscuits suédois de Noël, ont beaucoup de succès et bénéficient toujours d’un a priori favorable.

Morale et diététique

« Il faut sortir de table en ayant faim », précepte souvent répété, est aujourd’hui repris par les diététiciens qui défendent sa justesse face à la malbouffe et la gloutonnerie du monde occidental contemporain. Les explications scientifiques viennent conforter la morale. Mauvaise nouvelle pour tous ceux qui sont culpabilisés quand ils veulent se resservir. Ne pas gaspiller, éviter les excès, utiliser tous les moyens pour recycler les restes de la veille, cuire les fruits abîmés, donner aux poules le pain vraiment trop dur… même dans les familles aisées ces principes étaient enseignés aux enfants et appliqués. Dans toutes les familles, mais peut-être encore plus chez les protestants. Tout cela est remis à la mode avec l’angoisse devant l’épuisement des ressources de notre planète et les travers de la surconsommation.

Ils sont agaçants ces protestants d’avoir toujours raison !

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