Si le prénom Zacharie évoque pour vous un prophète, celui qui affirme que pour Dieu il n’y a pas « de petits commencements » (Zacharie, 4-10) – comprenez, chaque petite action compte, vous avez parfaitement raison. Mais l’esprit de Zacharie souffle depuis quatre ans sur des voyages paroissiaux qui conduisent des protestants français à visiter la paroisse anglicane de Saint-Barnabas, dans le très huppé quartier de Kensington à Londres.

Une initiative trans-Manche

Ce rapprochement tient au fait qu’Andy Buckler, le « vicar » de Saint-Barnabas, prêtre de l’église anglicane, a été de nombreuses années pasteur dans l’église protestante unie de France. Découvrant et mettant en actions la manière dont l’église anglicane a initié un développement de ses communautés, il a eu l’idée d’en faire profiter ses collègues français. Aussi, la région Grand-Ouest de l’EPUdF s’est engagée primitivement dans cette démarche, qui est désormais portée par l’église nationale et potentiellement ouverte à la France entière.

Chaque année, ce sont deux groupes qui ont la possibilité de séjourner pour quatre journées apprenantes à Londres.

Je faisais partie du voyage qui s’est déroulé début mars, réunissant les paroisses de Boulogne-Billancourt, Mantes-la-Jolie et Pentemont-Luxembourg qui avaient envoyé chacune leur pasteur et 5 à 7 de leurs paroissiens déjà très engagés dans l’église. Quelques ministres permanents de l’EPUdF et de l’UEPAL complétaient notre joyeuse troupe.

Fresh expressions, un concept au service de la croissance de l’Eglise

Il serait difficile de résumer en quelques lignes l’ensemble de nos découvertes, mais j’en retiendrai quelques points forts, dont le dénominateur commun est le concept de « Fresh expressions », qui a émergé dans l’Église anglicane au début des années 2000, à la suite d’un constat du désengagement massif des citoyens britanniques dans leurs églises.

L’idée centrale est simple : aller au devant des personnes qui ne viendraient jamais spontanément dans une paroisse classique, en créant des formes nouvelles d’Église adaptées à leur culture, à leurs rythmes de vie et à leurs lieux de sociabilité, autour d’activités hybrides qui font se rejoindre les attentes religieuses et culturelles.

Voici quelques exemples, parmi les activités passerelles que nous avons explorées, et qui ont pour vocation de placer la paroisse au cœur du quartier :

– Des cultes à géométrie variable

Le dimanche, nous avons eu le bonheur d’assister aux quatre cultes proposés aux fidèles, à 9h30, 11h, 17h et 19h. Un véritable marathon liturgique ! Au culte anglican traditionnel, avec prédication et eucharistie, ponctué par la solennité du grand orgue de Saint-Barnabas, succède une forme plus ouverte à la louange et à la musique « live », grâce à la participation active du pasteur louangiste Gilbert Chellembrom (à la guitare), de son épouse Corinne aux claviers et de plusieurs paroissiens musiciens et chanteurs. Le coin thé et café n’est jamais très loin et c’est après avoir pris une boisson chaude que chacun s’installe de manière décontractée.

En fin d’après-midi, les membres de la communauté francophone du quartier se retrouvent pour le « French connect », un moment pour prier et chanter en français. Pour l’occasion, c’est la pasteure Sophie Ollier de Pentemont-Luxembourg qui assuré la prédication. Puis vint l’heure du culte « Create » au cours duquel, comme son nom l’indique, chaque fidèle qui le souhaite peut faire suivre la méditation biblique par la création d’une œuvre peinte personnelle. Chaque culte a son identité, son ambiance et, sur la base d’un même texte biblique, chaque prédicateur a apporté son éclairage.

– Le pub comme occasion d’évangélisation

Ce lieu emblématique de la vie anglaise est aussi bien un espace d’échanges que de socialisation de proximité. Le pasteur Gilbert Chellembrom, son épouse et plusieurs musiciens jouent régulièrement au pub. A la fois pour diffuser des messages positifs et pour donner envie de venir au culte. Chaque paroissien est invité à venir accompagné d’amis. Oui, ça n’est pas tous les jours que l’on boit une bière en écoutant un pasteur jouer des classiques du rock – même si c’est « In the name of love ».

– Une église où l’on peut jouer

Tous les mardis matin, l’église est ouverte aux tout-petits enfants du quartier pour le « soft play ». Les rangées de chaises cèdent la place à un espace de jeux à partager entre les enfants, les mamans et les nounous. Puzzle géant, piscine à boules, coloriages bibliques, comptines sont proposés, encadrés par de jeunes animatrices de l’église. Je l’ai vu de mes propres yeux : les enfants pleurent quand ils doivent partir !

Tout ceci est rendu possible grâce à une église modulable, où tables et chaises peuvent être disposées selon différentes configurations, mais aussi grâce à l’implication d’une équipe d’une quinzaine de permanents, à temps plein ou partiel, et de nombreux bénévoles qui ne comptent pas leurs heures ni leur motivation. La culture décomplexée des Britanniques quant à la place de la religion dans l’espace public facilite aussi les passerelles avec l’extérieur.

A cela, il faudrait ajouter ce que nous avons vécu au cours de la marche de prière, de la visite des paroisses voisines ou de la présentation de CCX – le programme pour la multiplication de l’Eglise – à l’archevêché de Londres.

Comprendre pour co-construire

Si ce voyage est qualifié d’apprenant, c’est aussi parce qu’il a permis à chaque groupe de paroissiens français de travailler sur ses propres projets locaux. Entre deux découvertes d’activité ou de lieux, nous avons planché sur une « vision » pour nos églises et imaginé des initiatives que nous pourrions présenter aux membres de nos paroisses respectives, au cours de quatre temps de réflexion et de brain-storming.

J’ai personnellement vécu ces quelques jours comme une parenthèse enchantée, à partager, construire et imaginer entre Chrétiens. Cela donne à la fois enthousiasme et élan.

S’il nous faut remercier Andy Buckler et son équipe pour leur accueil, je me dois d’associer à ces louanges nos deux anges gardiens, Corinne Charriau et Françoise Giffard de l’EPUdF de la région Grand-Ouest, qui ont cornaqué dans Londres notre petite troupe souvent indisciplinée, et l’Eglise protestante unie de France qui a rendu ce voyage possible. J’ajouterai une mention spéciale pour les membres iraniens de la communauté de Saint-Barnabas, qui nous ont reçus avec chaleur le premier soir, autour d’un délicieux dîner, alors même que leur pays vivait un bouleversement majeur. Leur présence et leurs témoignages furent très émouvants.

En savoir plus :

Le site French Connect de l’église St Barnabas à Londres

Un article de l’EpudF sur le projet Zacharie