Il devient de plus en plus difficile de discerner une parole vraie, une parole qui fasse vivre. Nous aussi, nous parlons beaucoup. Le problème, c’est que nous produisons souvent une parole bien fade. Nous parlons à mi-mots pour ne froisser personne. Nous avons des pudeurs de gazelle… alors que la savane est en feu. Cette parole-là se veut apaisante mais elle en devient insignifiante. Elle n’éclaire pas. Elle accompagne le monde tel qu’il va, sans aider à discerner. Ellul, déjà, dénonçait une « parole humiliée ».
Alors, souvenons-nous de la parodie de Corneille : « Auguste, prends donc un siège et assieds-toi par terre, et si tu veux parler, commence par te taire. » Peut-être est-ce exactement ce que nous avons à réapprendre aujourd’hui. Non pas parler plus fort. Non pas parler davantage. Mais apprendre à nous taire pour redonner à la Parole tout son poids. Shema Israël ! Écoute Israël… Au temps du prophète Jérémie, Hanania annonce la paix. Il dit ce que tout le monde espère entendre. Jérémie, lui, refuse le mensonge spirituel. Il ose dire que le temps sera long. Que la violence ne se dissipera pas par des paroles pieuses. Il refuse de confondre espérance et illusion. Et c’est précisément pour cela qu’elle est insupportable. La parole vraie dérange toujours. Cette histoire nous avertit ici sans détour : toute parole de paix n’est pas une parole vraie. Et toute parole rassurante n’est pas une […]
