Réflexion

Complotistes, fake news… Le virus de la division

Être connectés aux autres, plutôt que divisés, semble une mesure de prévention sociale impérieuse.

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Publié le 18 novembre 2020

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

Voilà quelques mois déjà que nous sommes englués dans une pandémie dont l’évolution nous échappe. S’il est évident que ce virus est dangereux, et qu’il convient prioritairement de s’en protéger, il apparaît à présent qu’il est également vecteur de dissensions, dont les effets pourraient s’avérer encore plus pernicieux.

Comment, vous n’avez pas vu tel documentaire sur la fabrication du Covid dans un laboratoire chinois ? Moi, j’ai appris de source sûre que le futur vaccin allait modifier notre ADN… Personne ne veut le dire mais, le reconfinement, ça arrange bien le gouvernement, qui peut ainsi nous contrôler. Et que dire du masque, pour nous museler ? Ou de l’appli Tous-anti-covid, pour nous géolocaliser ? Les complotistes sont des naïfs, on devrait leur interdire de travailler – surtout les profs. Moi, je peux te démontrer par A plus B que ce que tu dis est totalement faux. Renseigne-toi avant de colporter n’importe quoi. Il y a des sites anti-fake news, personne ne t’a mis au courant ?…

Qui parmi nous, n’a pas entendu de telles réflexions ? Qui n’a pas reçu de mails, études, documents secrets… censés donner raison à une thèse ou à une autre concernant (au choix) : la création du virus, les meilleurs traitements possibles, les complots gouvernementaux, les lobbyings pharmaceutiques, l’influence des élections américaines, le suprématisme blanc, le triomphe du grand capital, des francs-maçons ou des Illuminati ?…

Enfermés dans La Zizanie

Je me félicite finalement que, pour un temps, les diners entre amis et autres rassemblements soient interdits, en particulier dans des lieux où l’on peut consommer de l’alcool, propice à l’échauffement des esprits. Je n’en peux plus d’entendre parler du virus par des quidams devenus experts, et de voir s’affronter les complotistes contre les légalistes, les pro- et les anti-, dans des thèses farfelues et des admonestations redoutables. Jamais on n’a autant parlé rhétorique, jamais autant décortiqué les biais cognitifs à tous propos, pour démontrer tout – et son contraire. Le Covid à table, c’est un sujet clivant, pire que la politique !

On réalise tout à coup que des personnes que l’on croyait bien connaître deviennent des partisans de thèses fumeuses, voire des ayatollahs d’un point de vue monomaniaque qu’ils s’évertuent à argumenter. Des personnes sensées, mais qui, sous le coup de la peur – ou de la paranoïa – développement des raisonnements absurdes jusqu’à l’agressivité. A moins que ce ne soit moi qui me trompe ? On m’aurait menti ?

Il faut bien l’avouer, on est totalement perdus : qui a raison, qui a tort, qui croire ? Dans des familles, des groupes d’amis ou de collègues, déjà, des fractures apparaissent. On est enfermés dans « La Zizanie », cet album d’Astérix dans lequel un seul personnage parvient à diviser tout un village – pourtant soudé contre l’envahisseur romain. Pour ma part, j’ai cessé d’apporter de l’eau au moulin de ces conversations, c’est peine perdue. Dès que je sens qu’une question polémique pointe son nez, je change de sujet (et bien qu’il soit difficile de réorienter vers des centres d’intérêt plus pacifiques comme le dernier film vu ou l’exposition qu’il ne faut pas rater).

J’ai beaucoup apprécié ce petit film que je vous conseille, et qui décrypte comment une thèse complotiste se met facilement en place. Cette vidéo futée montre que l’on peut avoir confiance dans nos jeunes : ils ne manquent pas d’imagination ! Mais ce qui me navre le plus, c’est la division qui s’installe de manière insidieuse. Car tout le monde croit détenir la vérité, se forge une opinion, et surtout s’évertue à convaincre les autres. Sans doute par ce que penser qu’on possède la juste information (ou croire qu’on ne peut pas se faire berner) donne du pouvoir et rassure. C’est une manière de reprendre un peu de contrôle sur nos vies, à l’heure où nulle action ne parvient à infléchir réellement le cours des choses. La division naît sans doute de cette impuissance. Ces phénomènes sont fréquents en période de crise, et, bien que nous le sachions, nous pouvons difficilement éviter de nous y faire piéger.

Mais avons-nous besoin de cette double peine ? Dans une société où le « vivre ensemble » est de plus en plus problématique, faut-il laisser, en plus, courir le virus de la division ? Dans un monde où, manifestement, des changements structurels vont devoir être opérés, nous avons besoin de tout le monde, de toutes les forces vives, de toutes les imaginations – sans laisser de côté les plus faibles ou les plus influençables, ni devoir décider qui a raison ou tort. La dichotomie et le manichéisme ne peuvent pas avoir cours. On ne peut pas se le permettre.

Non, l’enfer ça n’est pas les autres !

Dans un Facebook live très récent, le psychiatre Christophe André rappelait qu’une des façons de faire face à l’étrangeté du moment, avec un minimum d’anxiété, est de continuer à pratiquer l’altérité – l’attention aux autres. Non pas pour les convaincre et les ranger à notre point de vue, mais pour créer du lien, et pour détacher nos préoccupations de notre seule petite personne. L’attention à l’autre, le « care », comme le nomment les anglo-saxons (et dont le double-sens passe beaucoup mieux dans la langue de Shakespeare : prêter attention et prendre soin) doit rester notre cap.

Dans un autre article, le psychiatre Michel Lejoyeux entérinait l’altruisme comme une valeur salvatrice : «Il n’y a rien de mieux pour se faire du bien et pour se reconstituer un réseau social. Cela nous décentre de nous-même et aide ainsi à oublier nos propres angoisses ».
Être connectés aux autres, plutôt que divisés, semble donc une mesure de prévention sociale impérieuse. C’est à ce prix que nous pourrons « voir loin », projeter ce qui est souhaitable et atteignable, imaginer le futur avec les autres – même en fonction d’évènements qui évoluent en permanence. En prenant soin des autres, on prend aussi soin de nous. Et il n’y a qu’ensemble qu’on peut construire.

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