Analyse

Dérives sectaires : du danger de ne plus savoir les détecter

Durant l’été, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a été absorbée par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR).

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Publié le 8 septembre 2020

Auteur : Gwenaelle Brixius

Elle dépend donc aujourd’hui du ministère de l’Intérieur alors que depuis sa création en 2002, elle était sous l’autorité du Premier ministre. Aujourd’hui, où en est la lutte contre les dérives sectaires en France ?

Les sectes semblent moins faire parler d’elles dans les médias. Nous sommes loin de l’époque où les adeptes de Jim Jones au Guyana ou de David Koresh à Waco se suicidaient sur ordre de leur gourou. Nous sommes loin aussi des scandales financiers liés à l’église de Scientologie ou à la secte Moon. Aujourd’hui, les sectes communiquent sur Internet et ont appris à se faire plus discrètes en veillant surtout à ne pas tomber sous le coup de la loi. La liberté de conscience, d’opinion et de religion étant une liberté fondamentale en France, il n’existe pas de définition juridique de la secte, mais des indices permettant de repérer une dérive sectaire.

Monde parallèle

Selon les chiffres de la Miviludes, les dérives sectaires concernent aujourd’hui en France, 500 000 personnes dont 50 000 à 80 000 enfants et 40% des signalements sont en lien avec la santé. Avec l’apparition du Covid-19, les pseudo-scientifiques défenseurs de médecines alternatives ont essaimé sur le net. Thierry Casasnovas en est un bon exemple. Se présentant comme naturopathe, il dit s’être formé grâce à des articles Wikipédia. Il donne des conseils alimentaires et affirme que les laboratoires pharmaceutiques veulent empoisonner les gens avec leurs médicaments et leurs vaccins. Suivre ses conseils, – fruits et légumes crus, et jeûne – permettrait de combattre des maladies comme le cancer, le diabète et aujourd’hui, le Covid-19. Il a vu son audience sur Youtube grandir pour atteindre aujourd’hui 500 000 abonnés. Pourtant, en cinq ans, plus de 500 signalements ont été faits à son encontre auprès de la Miviludes. Ils concernent les régimes alimentaires extrêmes qu’il recommande, ainsi que leur mise en pratique lors de stages initiatiques onéreux. Aucune plainte n’a été déposée contre lui, mais Thierry Casasnovas reste sous la surveillance de la mission interministérielle.

Mission en danger ?

Même si la Miviludes est absorbée par le CIPDR, le ministère de l’Intérieur assure que ses missions «d’observation, de coordination des actions de prévention et de lutte, de formation, d’information du public et de mise en œuvre de l’aide aux victimes du phénomène sectaire», seront maintenues. Les associations d’aide aux victimes des dérives sectaires quant à elles, craignent que les moyens alloués à la Miviludes, leur partenaire et interlocuteur privilégié auprès des autorités, diminuent au profit de la lutte contre la radicalisation, en particulier islamiste. Il serait à craindre qu’il y ait de moins en moins de signalements et que les victimes et leurs familles osent moins porter plainte, ainsi les dérives sectaires passeraient plus inaperçues et certaines idéologies mortifères se banaliseraient.

Pour la Miviludes, la dérive sectaire «se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société.» À voir : Les éblouis, de Sarah Suco, 2019. Le film raconte l’expérience personnelle de la réalisatrice alors qu’enfant et jusqu’à sa fuite à 18 ans, elle a vécu avec sa famille dans une communauté charismatique catholique aux dérives sectaires avérées. Comme on peut s’en douter, de catholique, cette communauté n’a que le nom puisqu’il n’y a ni messe, ni prêtre, mais des contraintes jusqu’à l’absurde, de la violence et des abus sexuels.

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Magazine protestant régional pour les paroisses de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Diffusé à plus de 45 000 exemplaires, ce magazine de 32 pages paraît tous les deux mois. Il aborde sous la forme de dossiers, d’entretiens et de mises en lumière la vie de tous les jours, les questions et les réalités de la foi.

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